BAR-EN-105 : isolation des toitures terrasses en copropriété, ce que vaut la prime CEE et comment sécuriser le dossier
La toiture terrasse est la cinquième façade d’un immeuble, et souvent la plus négligée. Quand l’étanchéité arrive en fin de vie, la refaire sans isoler est une occasion manquée. La fiche BAR-EN-105 valorise l’isolation posée par l’extérieur en toiture terrasse d’un bâtiment résidentiel : barème, conditions et pièges qui font tomber un dossier.
- Secteur
- Résidentiel
- Version applicable
- v. A64-4
- Durée de vie conventionnelle
- 30 ans
L'essentiel
- La fiche couvre la mise en place, en toiture terrasse d’un bâtiment résidentiel, d’un procédé d’isolation extérieur : un isolant associé à ses dispositifs de protection (revêtements, parements, membranes).
- Le montant se calcule au mètre carré d’isolant posé : 1 200 kWh cumac en zone H1, 1 000 en zone H2, 670 en zone H3, multipliés par la surface d’isolant en m².
- La résistance thermique de l’isolation installée doit atteindre au moins 4,5 m².K/W, sans compter l’isolation déjà en place.
- L’entreprise doit détenir le signe de qualité prévu par le décret n° 2014-812 du 16 juillet 2014, pour des travaux relevant du 13° du I de l’article 1er de ce décret.
- La facture mentionne la mise en place d’une isolation, la surface d’isolant installée et la résistance thermique ; la fiche est abrogée à compter du 1er mai 2027.
Ce que couvre la fiche BAR-EN-105
La fiche vise la mise en place, en toiture terrasse, d’un procédé d’isolation extérieur. Le texte définit ce procédé comme l’association d’un matériau isolant et de dispositifs de protection contre les dégradations liées à son exposition aux environnements extérieurs et intérieurs : revêtements, parements, membranes continues si nécessaire. Les agressions visées sont énumérées : rayonnement solaire, vent, pluie, neige, chocs, humidité, feu. Cette définition colle au chantier réel, où l’isolant ne travaille jamais seul mais sous une étanchéité et parfois une protection lourde. C’est pourquoi la fiche concerne autant les étancheurs que les couvreurs.
Le code se lit en trois blocs. BAR signifie bâtiment résidentiel : immeubles collectifs comme maisons individuelles. EN désigne l’enveloppe, la famille des fiches qui traitent des parois : murs, planchers, toitures, fenêtres. Le numéro 105 est un simple numéro d’ordre. La version en vigueur est la A64-4, applicable aux opérations engagées à compter du 1er janvier 2025. Point de calendrier à retenir : la fiche est abrogée à compter du 1er mai 2027.
La durée de vie conventionnelle retenue est de 30 ans, l’une des plus longues du catalogue. Elle est déjà intégrée dans les montants du barème, il n’y a rien à recalculer.
Pourquoi une toiture terrasse mal isolée coûte cher, et ce qu’est la résistance thermique R
La chaleur monte. Dans un immeuble chauffé, l’air chaud s’accumule sous le plafond du dernier étage et la toiture devient la paroi la plus sollicitée du bâtiment. Une toiture terrasse ancienne, avec quelques centimètres d’isolant tassé ou humide sous une étanchéité fatiguée, laisse filer cette chaleur toute la saison de chauffe. Les occupants du dernier niveau surchauffent pour compenser, et la charge se répartit sur l’ensemble des copropriétaires. L’été, le phénomène s’inverse : la toiture exposée au soleil restitue sa chaleur aux logements du dessous, qui deviennent difficilement habitables sans climatisation. Isoler agit dans les deux sens.
Pour mesurer la qualité d’une isolation, on utilise la résistance thermique, notée R et exprimée en m².K/W. Elle traduit la capacité d’une paroi à s’opposer au passage de la chaleur : plus R est élevé, plus la paroi freine les échanges. R dépend de l’épaisseur de l’isolant et de sa conductivité thermique : à isolant égal, doubler l’épaisseur double le R. C’est cette grandeur que la fiche retient comme critère d’éligibilité, avec une règle à retenir dès maintenant : seule la résistance thermique de l’isolation nouvellement installée compte.
Qui peut en bénéficier
Le secteur d’application est le bâtiment résidentiel. Les bénéficiaires naturels sont les copropriétés, représentées par leur syndic, et les bailleurs, sociaux ou privés, qui détiennent des immeubles à toiture terrasse. Ce sont eux qui décident des travaux et perçoivent la prime. Les propriétaires de maisons à toit plat sont aussi concernés, sur des surfaces plus modestes.
Pour les couvreurs et les étancheurs, la fiche est un argument commercial de premier ordre : la réfection d’une étanchéité est un poste inévitable dans la vie d’un immeuble, et la coupler avec une isolation conforme fait financer une partie du chantier par les certificats, à condition de détenir la qualification exigée et de rédiger la facture correctement. Le montage passe par un mandataire ou un délégataire : la demande est signée avant l’engagement des travaux, le dossier est constitué, puis la prime est versée au bénéficiaire une fois la preuve de réalisation contrôlée.
- Syndics : votez l’isolation en même temps que la réfection d’étanchéité, la prime réduit l’appel de fonds.
- Bailleurs : la toiture terrasse est souvent la paroi la plus rentable à traiter au regard de la surface concernée.
- Couvreurs et étancheurs : proposez systématiquement le devis isolé, avec la résistance thermique et la surface d’isolant sur la facture.
Comment se calcule le montant
Le calcul est l’un des plus simples du catalogue. La fiche fixe un montant unitaire en kWh cumac par mètre carré d’isolant, qui dépend uniquement de la zone climatique du bâtiment. Ce montant est multiplié par la surface d’isolant posée, notée S et exprimée en m². La zone H1, la plus froide, reçoit le montant le plus élevé ; la zone H3, la plus douce, le plus faible. L’écart est net : à surface égale, une toiture en H1 rapporte près de 80 % de plus qu’en H3.
Attention à la définition de la surface : c’est la surface d’isolant installé qui compte, telle qu’elle figure sur la facture, et non la surface au sol de l’immeuble ni celle de l’étanchéité. Les édicules, acrotères et zones techniques non isolés n’entrent pas dans S.
| Zone climatique | Montant par m² d’isolant | Formule |
|---|---|---|
| H1 | 1 200 kWh cumac | 1 200 × S |
| H2 | 1 000 kWh cumac | 1 000 × S |
| H3 | 670 kWh cumac | 670 × S |
Combien ça représente en vrai : quatre exemples chiffrés
Prenons des surfaces représentatives. Un petit immeuble de centre-ville présente souvent une toiture de 300 à 400 m² ; une barre de logements collectifs dépasse facilement 800 m² ; plusieurs bâtiments traités dans une même opération peuvent atteindre 1 200 m².
Premier exemple, un immeuble de 350 m² en zone H1 : 350 × 1 200 = 420 000 kWh cumac. Deuxième exemple, un immeuble collectif de 600 m² en zone H2 : 600 × 1 000 = 600 000 kWh cumac. Troisième exemple, une barre de logements de 800 m² en zone H1 : 800 × 1 200 = 960 000 kWh cumac. Quatrième exemple, un ensemble de 1 200 m² en zone H3 : 1 200 × 670 = 804 000 kWh cumac. Ce dernier cas illustre l’effet de la zone : malgré une surface une fois et demie supérieure au troisième exemple, le volume de certificats reste inférieur.
Pour visualiser l’écart entre zones, une même toiture de 500 m² donne 500 × 1 200 = 600 000 kWh cumac en H1, 500 × 1 000 = 500 000 en H2 et 500 × 670 = 335 000 en H3. Le volume est strictement proportionnel à la surface : la fiche ne prévoit ni plafond ni dégressivité.
| Cas | Surface d’isolant | Zone | Calcul | Certificats |
|---|---|---|---|---|
| Petit immeuble de centre-ville | 350 m² | H1 | 350 × 1 200 | 420 000 kWh cumac |
| Immeuble collectif | 600 m² | H2 | 600 × 1 000 | 600 000 kWh cumac |
| Barre de logements | 800 m² | H1 | 800 × 1 200 | 960 000 kWh cumac |
| Plusieurs bâtiments | 1 200 m² | H3 | 1 200 × 670 | 804 000 kWh cumac |
| Même toiture, trois zones | 500 m² | H1 / H2 / H3 | 500 × 1 200 / 1 000 / 670 | 600 000 / 500 000 / 335 000 kWh cumac |
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EstimerLes conditions techniques à respecter
La condition centrale porte sur la performance : la résistance thermique R de l’isolation installée doit être supérieure ou égale à 4,5 m².K/W. La fiche est explicite sur un point qui piège encore des dossiers : la résistance thermique de l’isolation existante n’est pas prise en compte. Il ne sert à rien d’additionner un vieil isolant au nouveau pour atteindre le seuil ; le produit neuf, seul, doit afficher au moins 4,5 m².K/W.
La mesure de R est encadrée. Pour les isolants non réfléchissants, elle suit la norme NF EN 12664, la norme NF EN 12667 ou la norme NF EN 12939 ; pour les isolants réfléchissants, la norme NF EN ISO 22097. La fiche précise aussi qu’elle respecte l’article 2 bis de l’arrêté du 22 décembre 2014 définissant les opérations standardisées d’économies d’énergie.
La mise en place est réalisée par un professionnel, qui a une responsabilité sur l’existant : le cas échéant, il s’assure que l’isolation existante peut être conservée en l’état. Sinon, il procède soit à sa remise en état, soit à sa dépose. Un isolant gorgé d’eau ne peut pas rester sous le nouveau complexe.
La qualification de l’entreprise est une condition à part entière. Le professionnel doit être titulaire d’un signe de qualité conforme aux exigences de l’article 2 du décret n° 2014-812 du 16 juillet 2014, pris pour l’application des articles 200 quater et 244 quater U du code général des impôts. Ce signe doit correspondre à des travaux relevant du 13° du I de l’article 1er de ce décret. C’est la qualification que l’on désigne couramment par le sigle RGE ; une entreprise qualifiée pour un autre domaine de travaux ne remplit pas la condition.
Les mentions obligatoires sur la preuve de réalisation
La preuve de réalisation, en pratique la facture, fait vivre ou mourir un dossier. La fiche liste trois mentions cumulatives : la mise en place d’une isolation, la surface d’isolant installé, et la résistance thermique de l’isolation installée. Une facture qui indique « réfection de l’étanchéité avec isolant » sans surface ni valeur de R ne suffit pas.
Une solution de repli existe lorsque la facture ne porte pas la résistance thermique : la preuve de réalisation mentionne alors la mise en place d’un matériau avec ses marque et référence, ainsi que la surface installée, et elle est complétée par un document issu du fabricant ou d’un organisme établi dans l’Espace économique européen.
Notre conseil aux étancheurs : ne comptez pas sur le repli. Écrivez directement sur la facture la surface d’isolant en m², la marque, la référence et la résistance thermique en m².K/W du produit posé. Si la toiture comporte plusieurs zones d’épaisseurs différentes, détaillez chacune avec sa surface et son R : seules les zones où le seuil de 4,5 m².K/W est atteint peuvent être valorisées.
Les contrôles et ce qui fait tomber un dossier
Un dossier BAR-EN-105 est vérifié sur pièces par le mandataire puis par le délégataire ou l’obligé, et peut faire l’objet d’un contrôle sur site. Le contrôleur cherche à confirmer que l’isolant est en place sur la surface facturée, avec la performance annoncée, posé par une entreprise qualifiée. Sur une toiture terrasse, l’épaisseur se vérifie aux relevés d’acrotère, aux évacuations d’eaux pluviales ou par sondage.
Premier motif de rejet : la résistance thermique, avec un R inférieur à 4,5 m².K/W ou un seuil atteint seulement en additionnant l’ancien isolant. Deuxième motif : la surface, quand on a compté les édicules, les zones techniques ou l’emprise totale du bâtiment ; au mieux le volume est réduit, au pire le dossier est annulé pour incohérence. Troisième motif : la qualification, si l’entreprise ne détient pas le signe de qualité pour le domaine du 13° du I de l’article 1er du décret n° 2014-812 à la date des travaux. Quatrième motif : la facture incomplète, sans surface, sans R ou sans mention explicite de la mise en place d’une isolation.
Deux dates enfin. La version A64-4 s’applique aux opérations engagées à compter du 1er janvier 2025, et la fiche est abrogée à compter du 1er mai 2027. Un chantier voté en assemblée générale mais engagé après cette date ne pourra plus s’appuyer sur ce texte : les syndics doivent anticiper le calendrier des assemblées et des devis.
- R de l’isolation neuve inférieur à 4,5 m².K/W, ou seuil atteint uniquement avec l’isolant existant.
- Surface facturée supérieure à la surface d’isolant réellement posée.
- Entreprise sans signe de qualité pour le domaine de travaux concerné.
- Facture sans surface, sans résistance thermique ou sans mention de la mise en place d’une isolation.
- Isolation existante dégradée laissée en place sans remise en état ni dépose.
Questions fréquentes
Ma toiture terrasse a déjà un isolant ancien, puis-je le compter pour atteindre les 4,5 m².K/W ?
Non. La fiche indique que la résistance thermique de l’isolation existante n’est pas prise en compte. Seule l’isolation nouvellement installée doit atteindre au moins 4,5 m².K/W. Le professionnel doit par ailleurs vérifier que l’isolant existant peut être conservé en l’état, sinon le remettre en état ou le déposer.
Quelle surface faut-il déclarer : celle du bâtiment ou celle de l’isolant ?
Celle de l’isolant. Le montant est le barème de la zone climatique (1 200, 1 000 ou 670 kWh cumac par m²) multiplié par la surface d’isolant installé telle qu’elle figure sur la preuve de réalisation. Les zones non isolées de la toiture ne comptent pas.
Mon étancheur n’a pas indiqué la résistance thermique sur la facture, le dossier est-il perdu ?
Pas nécessairement. À défaut, la preuve de réalisation mentionne la mise en place d’un matériau avec ses marque et référence ainsi que la surface installée, complétée par un document issu du fabricant ou d’un organisme établi dans l’Espace économique européen. Il est toutefois bien plus simple de faire figurer le R directement sur la facture.
Jusqu’à quand peut-on utiliser la fiche BAR-EN-105 ?
La version A64-4 s’applique aux opérations engagées à compter du 1er janvier 2025 et la fiche est abrogée à compter du 1er mai 2027. Les travaux doivent donc être engagés avant cette date pour être valorisés sur ce texte. La durée de vie conventionnelle de l’opération est de 30 ans.
Page rédigée par Core Energy à partir de la fiche d'opération standardisée publiée par arrêté et de nos propres guides de dépôt. Les barèmes changent par arrêté : ils sont revérifiés à chaque modification. Contenu vérifié le 13 septembre 2026.