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Industrie · Fiche IND-BA-110

IND-BA-110 : jusqu’à 8 500 kWh cumac par kW de chauffage pour déstratifier l’air d’un local industriel

Dans un atelier de grande hauteur, l’air chaud monte et reste sous la toiture pendant que les opérateurs ont froid au sol. La fiche IND-BA-110 rémunère la mise en place d’un système de déstratification qui renvoie cette chaleur vers le bas, sans produire de chaleur lui-même. Le calcul est simple, indexé sur la puissance nominale du chauffage du local, mais les exclusions et les conditions techniques sont strictes.

Secteur
Industrie
Version applicable
v. A71-4
Durée de vie conventionnelle
15 ans

L'essentiel

  • Local industriel complètement clos et chauffé, hauteur sous plafond ou sous faîtage d’au moins 5 m, consigne en occupation d’au moins 15 °C.
  • Montant = forfait par kW (de 2 500 à 8 500 kWhc selon la zone climatique et le type de chauffage) × puissance nominale du système de chauffage du local.
  • Entrepôts logistiques, réserves, entrepôts et locaux de stockage exclus, quelle que soit leur hauteur.
  • Brasseurs d’air plafonniers non éligibles ; le système doit être asservi à une mesure de température en zone haute et souffler à 0,2 m/s maximum à un mètre du sol.
  • Note de dimensionnement et calepinage obligatoires, établis par un professionnel ou un bureau d’études qualifié OPQIBI 1327.

Ce que couvre la fiche IND-BA-110

La fiche IND-BA-110, version A71-4 applicable aux opérations engagées à compter du 1er août 2025, vise la « mise en place d’un système de déstratification d’air pour l’homogénéisation de la température de l’air d’un local industriel de grande hauteur complètement clos et chauffé par un système convectif et/ou radiatif ». Chaque mot compte : local industriel, grande hauteur, complètement clos, chauffé. Un local ouvert sur l’extérieur, non chauffé ou de faible hauteur sort du périmètre avant même que l’on parle de matériel.

Le code se lit en trois blocs. IND désigne le secteur de l’industrie, par opposition aux fiches BAT du tertiaire ou BAR du résidentiel. BA renvoie au bâtiment industriel lui-même, là où les fiches IND-UT visent les utilités comme l’air comprimé ou le froid. Le 110 est un numéro d’ordre. La durée de vie conventionnelle est de 15 ans : c’est sur cette durée que les économies sont capitalisées en kWh cumac.

Le système de déstratification est précisément défini : il redistribue la chaleur accumulée près du plafond ou du faîtage vers le sol, sans apport de chaleur propre, sans alimentation par le chauffage ni par une récupération de chaleur fatale. Il est indépendant du système de chauffage. Un aérotherme n’est donc pas un déstratificateur, et les brasseurs d’air plafonniers sont explicitement écartés.

La stratification de l’air : pourquoi elle coûte cher

L’air chaud est moins dense que l’air froid. Dans un local de 8 ou 12 mètres chauffé par des aérothermes, l’air soufflé monte, s’accumule sous la couverture et forme des couches de température croissante du sol vers le faîtage. C’est la stratification. Le thermostat, installé à hauteur d’homme, mesure une température insuffisante et relance le chauffage, qui envoie encore de l’air chaud vers le haut. On chauffe abondamment la partie du local où personne ne travaille.

Le coût est double. D’abord la surconsommation : pour tenir la consigne au niveau des postes, on entretient une poche d’air nettement plus chaude sous la toiture, là où les déperditions sont les plus fortes. Ensuite le confort : les postes au sol restent frais, et les réclamations des équipes poussent la consigne à la hausse, ce qui aggrave la facture.

Le déstratificateur casse cette mécanique. Il aspire l’air chaud en partie haute et le renvoie vers le sol à faible vitesse pour homogénéiser la température sur toute la hauteur. Pour un même résultat au poste de travail, le chauffage fonctionne moins, et l’appareil ne consomme que l’électricité de ses ventilateurs. C’est cette économie, rapportée à la puissance de chauffage du local, que la fiche traduit en certificats : plus le chauffage est puissant et plus il stratifie, plus le gisement est important.

Locaux éligibles et locaux exclus

La fiche s’adresse aux locaux industriels complètement clos et chauffés, d’une hauteur sous plafond ou sous faîtage supérieure ou égale à cinq mètres, que le chauffage soit convectif, radiatif ou les deux. Ateliers de production, halls d’assemblage, ateliers de maintenance : c’est le cœur de cible, dès lors que la consigne en occupation atteint au moins 15 °C.

Les exclusions sont nettes et méritent d’être lues deux fois.

  • Les entrepôts logistiques, les réserves, les entrepôts et les locaux de stockage sont exclus, quelle que soit leur hauteur et même chauffés.
  • Les locaux dont la consigne de chauffage en occupation est strictement inférieure à 15 °C sont exclus.
  • Les locaux qui ne sont pas complètement clos ne répondent pas à la dénomination.
  • Les locaux de moins de cinq mètres sous plafond ou sous faîtage ne remplissent pas la condition de hauteur.
  • Les brasseurs d’air plafonniers ne sont pas éligibles, même dans un local qui coche toutes les autres cases.

Le barème : combien de kWh cumac par kW de chauffage

Le montant se calcule pour l’ensemble du local complètement clos et chauffé concerné par la déstratification. La formule est un produit : un forfait en kWhc par kW, fixé selon la zone climatique et le type de chauffage, multiplié par P, la puissance nominale du système de chauffage du local déstratifié, en kW.

Le forfait convectif est nettement plus élevé que le forfait radiatif : en zone H1, 7 200 contre 2 500, soit un rapport de 2,88. La logique est physique : l’air chaud soufflé par un système convectif monte et stratifie fortement, alors qu’un système radiatif chauffe directement les surfaces et stratifie moins. L’écart entre zones est plus faible : passer de H1 à H3 ajoute 1 300 kWhc/kW en convectif (8 500 moins 7 200) et 500 kWhc/kW en radiatif (3 000 moins 2 500).

Toute la valeur du dossier tient donc dans la détermination de P. La fiche classe les équipements et fixe les règles de sommation.

  • Système convectif : centrale de traitement d’air, unité de toiture ou rooftop, aérotherme électrique, à combustible ou à fluide caloporteur, générateur d’air chaud, générateur de ventilation tempérée ou make-up, ventilo-convecteur.
  • Système radiatif : cassettes, tubes et panneaux radiants électriques, à combustible ou à fluide caloporteur, planchers chauffants.
  • Chauffage décentralisé : P est la somme des puissances nominales des équipements qui assurent le chauffage du local.
  • Chauffage centralisé : P est la somme des puissances nominales des émetteurs du local, cette somme devant rester inférieure ou égale à la puissance nominale de la chaudière.
  • Chaudière commune à plusieurs locaux : la part de la puissance de la chaudière à considérer pour le local déstratifié se calcule au prorata des volumes totaux chauffés.
  • Local chauffé en convectif et en radiatif : les deux montants se cumulent, chacun avec sa propre puissance et son propre forfait.
Zone climatiqueSystème convectif (kWhc par kW)Système radiatif (kWhc par kW)
H17 2002 500
H28 0002 800
H38 5003 000

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Combien ça représente en vrai : quatre cas posés et vérifiés

Exemple 1, atelier en zone H1 chauffé par aérothermes gaz. Un atelier de mécanique de 9 mètres sous faîtage, clos, consigne 18 °C, est chauffé par six aérothermes gaz décentralisés de 50 kW. P = 6 × 50 = 300 kW. Convectif, zone H1 : 7 200 × 300 = 2 160 000 kWh cumac. Avec des tubes radiants gaz de même puissance totale, le montant aurait été 2 500 × 300 = 750 000 kWh cumac, presque trois fois moins. La nature du chauffage pèse plus que la zone climatique.

Exemple 2, hall de production en zone H3 chauffé par tubes radiants. Un hall d’assemblage de 7 mètres sous plafond est chauffé par douze tubes radiants gaz de 40 kW. P = 12 × 40 = 480 kW. Radiatif, zone H3 : 3 000 × 480 = 1 440 000 kWh cumac. Le même hall en convectif H3 aurait donné 8 500 × 480 = 4 080 000 kWh cumac.

Exemple 3, convectif et radiatif cumulés en zone H2. Un atelier de chaudronnerie de 10 mètres sous faîtage est chauffé par une centrale de traitement d’air de 200 kW et par des panneaux radiants à eau chaude totalisant 150 kW. La fiche autorise le cumul. Part convective : 8 000 × 200 = 1 600 000 kWhc. Part radiative : 2 800 × 150 = 420 000 kWhc. Total : 1 600 000 + 420 000 = 2 020 000 kWh cumac. Appliquer le forfait convectif à la puissance totale de 350 kW donnerait 8 000 × 350 = 2 800 000 kWhc, soit 780 000 kWhc de survalorisation qui ne résisterait pas à un contrôle.

Exemple 4, chaudière commune à deux locaux en zone H1. Une chaudière de 1 000 kW alimente un atelier de 30 000 m³ et des bureaux attenants de 10 000 m³. Volume total chauffé : 30 000 + 10 000 = 40 000 m³. Part de l’atelier : 30 000 / 40 000 = 0,75, soit 0,75 × 1 000 = 750 kW de chaudière attribuables à l’atelier. Les aérothermes à eau chaude de l’atelier totalisent 700 kW, valeur inférieure à ces 750 kW : on retient P = 700 kW. Convectif, zone H1 : 7 200 × 700 = 5 040 000 kWh cumac.

Le dossier se joue donc dans le relevé exact des plaques signalétiques, le classement correct de chaque équipement et le prorata volumique quand la chaudière est partagée. Le déstratificateur lui-même n’entre pas dans le calcul : il conditionne l’éligibilité, pas la valorisation.

Les conditions techniques à respecter

La mise en place est réalisée par un professionnel disposant d’une assurance responsabilité décennale appliquée aux travaux d’électricité. Le local présente une hauteur sous plafond ou sous faîtage supérieure ou égale à cinq mètres. La fiche distingue ensuite deux familles de systèmes.

  • Écoulement vertical : l’aspiration s’effectue à au plus un cinquième de la hauteur en partant du plafond ou du faîtage. Dans un local de 10 mètres, elle se situe dans les 2 mètres supérieurs (10 / 5 = 2).
  • Écoulement vertical : le flux d’air est orienté vers le sol, avec une vitesse maximale de 0,2 m/s à un mètre du sol, et le système est asservi à au moins une mesure de température de l’air dans la zone comprise entre le déstratificateur inclus et le plafond ou le faîtage. Un appareil qui tourne en continu sans sonde haute ne respecte pas la fiche.
  • Écoulement horizontal : les couches d’air sont aspirées sur toute la hauteur du local, le point le plus bas de l’aspiration à au plus un mètre du sol, le point le plus haut à au plus un mètre du plafond ou du faîtage.
  • Écoulement horizontal : le flux entre le diffuseur et le collecteur est horizontal, avec la même vitesse maximale de 0,2 m/s à un mètre du sol et le même asservissement en zone haute ; le système contient un dispositif permettant le mélange de l’air aspiré.
  • Quel que soit le système : les besoins en déstratification sont déterminés par une note de dimensionnement et un calepinage établis par un professionnel ou un bureau d’études titulaire de la qualification OPQIBI 1327 « Ingénierie de la performance énergétique ».

Les contrôles et ce qui fait tomber un dossier

La fiche est simple dans sa formule et exigeante dans ses conditions. Les motifs de rejet se concentrent sur quatre points, tous vérifiables sur pièces ou sur site.

La qualification du local d’abord. Un entrepôt, une réserve ou un local de stockage rebaptisé atelier ne passe pas : l’usage réel du volume, tel qu’il ressort des plans, des photos et de l’activité du site, doit être industriel. Un local dont la consigne en occupation est strictement inférieure à 15 °C, par exemple un hall simplement maintenu hors gel, est exclu. La hauteur doit être mesurée et documentée.

La nature du matériel ensuite. Les brasseurs d’air plafonniers sont écartés quelle que soit leur appellation commerciale. Un dispositif qui apporte de la chaleur ou qui est alimenté par le chauffage ou par une récupération de chaleur fatale n’est pas un déstratificateur au sens de la fiche. L’absence de sonde haute, une aspiration trop basse en vertical ou une vitesse d’air supérieure à 0,2 m/s à un mètre du sol sont autant de non-conformités.

La puissance P ensuite, qui détermine directement le montant. Le contrôle vérifie que chaque équipement retenu chauffe bien le local déstratifié, qu’il est classé dans la bonne famille, que les puissances nominales sont justifiées par les documents constructeur ou les plaques signalétiques, que la somme des émetteurs ne dépasse pas la puissance de la chaudière et que le prorata volumique a été appliqué. Additionner des équipements d’un local voisin ou appliquer le forfait convectif à des panneaux radiants remet en cause tout le dossier.

La chaîne des compétences enfin. La note de dimensionnement et le calepinage doivent émaner d’un professionnel ou d’un bureau d’études qualifié OPQIBI 1327, et l’installateur doit produire une attestation décennale couvrant les travaux d’électricité. Une note de dimensionnement rédigée a posteriori pour habiller un dossier est la première chose qu’un contrôleur remarque. Quand la description du local, l’inventaire des émetteurs, la note de dimensionnement et la fiche technique du système racontent la même histoire, le montant se calcule en une ligne et se défend sans difficulté.

Questions fréquentes

Un brasseur d’air plafonnier à grandes pales est-il éligible à la fiche IND-BA-110 ?

Non. La fiche exclut expressément les brasseurs d’air plafonniers. Le système éligible doit aspirer l’air chaud en partie haute, à au plus un cinquième de la hauteur en vertical, le renvoyer vers le sol à 0,2 m/s maximum à un mètre du sol, et être asservi à au moins une mesure de température en zone haute.

Mon atelier comporte une zone de stockage : le local est-il éligible ?

Les entrepôts logistiques, les réserves, les entrepôts et les locaux de stockage sont exclus. Si le local déstratifié est fonctionnellement un local de production, il entre dans le périmètre ; s’il est fonctionnellement un local de stockage, il en sort. La puissance retenue doit dans tous les cas correspondre au seul local déstratifié.

Quelle puissance retenir quand la chaudière chauffe aussi d’autres locaux ?

La part de la puissance nominale de la chaudière à considérer se calcule au prorata des volumes totaux chauffés. Une chaudière de 1 000 kW dont 75 % du volume chauffé correspond à l’atelier donne 0,75 × 1 000 = 750 kW. La somme des émetteurs du local doit rester inférieure ou égale à la puissance de la chaudière.

Faut-il obligatoirement passer par un bureau d’études ?

La fiche impose une note de dimensionnement et un calepinage établis par un professionnel ou un bureau d’études titulaire de la qualification OPQIBI 1327 « Ingénierie de la performance énergétique ». L’installateur doit par ailleurs disposer d’une assurance décennale appliquée aux travaux d’électricité. Les deux exigences sont cumulatives.

Page rédigée par Core Energy à partir de la fiche d'opération standardisée publiée par arrêté et de nos propres guides de dépôt. Les barèmes changent par arrêté : ils sont revérifiés à chaque modification. Contenu vérifié le 13 septembre 2026.