IND-UT-131 : isoler les tuyauteries et parois d’une installation industrielle, un barème qui se lit au mètre
Sur un site industriel, les tronçons laissés nus après une intervention ou les cuves jamais calorifugées figurent parmi les gisements d’économies les plus rapides à traiter. La fiche IND-UT-131 les valorise avec un barème simple : un montant par mètre linéaire ou par mètre carré, multiplié par un coefficient qui dépend du régime de fonctionnement de l’installation.
- Secteur
- Industrie
- Version applicable
- v. A37-2
- Durée de vie conventionnelle
- 10 ans
L'essentiel
- La fiche couvre l’isolation des surfaces planes ou cylindriques d’une installation industrielle fixe dont le fluide est entre -80 °C et 10 °C, ou au-dessus de 40 °C. Entre 10 °C et 40 °C, rien n’est éligible.
- Le barème se lit par mètre linéaire pour les diamètres < 508 mm, et par mètre carré d’isolant posé pour les surfaces planes et les diamètres ≥ 508 mm.
- Le régime de fonctionnement pèse lourd : coefficient 1 en 1x8h, 2,2 en 2x8h, 3 en 3x8h avec arrêt le week-end et 4,2 en 3x8h sans arrêt le week-end.
- Les points singuliers (vannes, brides) relèvent de la fiche IND-UT-121 ; l’isolation par injection et les installations en système ouvert sont exclues.
- L’isolant doit atteindre une résistance thermique simplifiée R’ minimale, fixée selon la température du fluide et le diamètre, et la pose doit respecter la norme NF DTU 45.2 d’avril 2018.
Ce que couvre la fiche IND-UT-131
La fiche IND-UT-131 valorise la mise en place d’une isolation thermique sur les surfaces planes ou cylindriques d’une installation industrielle fixe. Le périmètre englobe les équipements de production, de transfert, de stockage ou d’utilisation du fluide : une tuyauterie de vapeur, une cuve de process ou un réservoir tampon relèvent du même barème, dès lors que le fluide se situe entre -80 °C et 10 °C, ou au-dessus de 40 °C. Les fluides tempérés, entre 10 °C et 40 °C, ne sont pas couverts.
Le code se décode en trois temps. IND désigne le secteur de l’industrie. UT renvoie aux utilités, ces réseaux et équipements qui servent le procédé sans être le procédé lui-même : vapeur, eau surchauffée, eau glacée, fluides frigorigènes. Le nombre 131 est un numéro d’ordre. La version en vigueur est la A37-2, applicable aux opérations engagées à compter du 1er avril 2021, pour une durée de vie conventionnelle de 10 ans.
Trois exclusions structurent le périmètre. L’isolation des points singuliers, du type vannes ou brides, relève d’une fiche dédiée, l’IND-UT-121. L’isolation par injection est écartée. Enfin, une installation en système ouvert n’est pas éligible. La 131 est donc la fiche du linéaire et des parois.
Pourquoi un mètre de tuyauterie nue coûte cher
Une paroi métallique conduit très bien la chaleur. Lorsqu’un fluide à 150 °C circule dans un tube non isolé, la surface du tube se retrouve presque à la température du fluide et cède en permanence de l’énergie à l’air de l’atelier. Plus l’écart avec l’ambiance est grand, plus la perte est forte. À l’inverse, une conduite de saumure à -20 °C absorbe la chaleur ambiante, et c’est le groupe froid qui compense.
Le phénomène est invisible mais cumulatif : chaque mètre nu perd de l’énergie à chaque heure de fonctionnement. C’est ce que traduit le barème : le montant unitaire augmente avec la température du fluide, et un coefficient le multiplie par 1 en 1x8h mais par 4,2 en 3x8h sans arrêt le week-end. D’où l’intérêt des tronçons oubliés : après un remplacement de pompe ou une reprise de soudure, il arrive que le calorifuge ne soit jamais reposé. Ces quelques mètres nus au milieu d’un réseau isolé cumulent température élevée, fonctionnement continu et position en hauteur qui les fait oublier. Un recensement méthodique, réseau par réseau, est le point de départ naturel d’une opération IND-UT-131.
Qui peut en bénéficier, et ce qui est exclu
Le bénéficiaire est l’exploitant d’une installation industrielle fixe, quel que soit son secteur, dès lors qu’un fluide y circule ou y est stocké dans la plage de température requise.
L’état initial est un critère à part entière. L’opération porte soit sur un réseau non isolé, soit sur une installation dont l’isolation existante présente une résistance thermique simplifiée inférieure d’un facteur deux à celle attendue par la fiche. Remplacer un calorifuge encore performant n’ouvre pas droit aux certificats ; remettre à niveau un isolant dont la résistance est inférieure à la moitié du seuil en ouvre. Les travaux sont réalisés par un professionnel, dans le respect de la norme NF DTU 45.2 d’avril 2018 ou de toute norme équivalente.
- Éligible : réseau non isolé, ou isolation existante dont la résistance thermique simplifiée est inférieure à la moitié de celle exigée.
- Exclu : les points singuliers, couverts par la fiche IND-UT-121.
- Exclu : l’isolation par injection et les installations en système ouvert.
- Exclu : tout fluide dont la température est comprise entre 10 °C et 40 °C.
Comment se calcule le montant
Le calcul multiplie trois facteurs : un montant unitaire en kWh cumac, un coefficient lié au mode de fonctionnement de l’installation isolée, et une quantité posée. Cette quantité est une longueur en mètres pour les tuyauteries et équipements cylindriques de diamètre inférieur à 508 mm (20 pouces), et une surface d’isolant posé en mètres carrés pour les surfaces planes et les diamètres supérieurs ou égaux à 508 mm.
Le montant unitaire dépend de la plage de température du fluide, selon le tableau ci-dessous. Le barème ne progresse plus au-delà de 300 °C : la plage 100 °C à 300 °C reste la plus valorisée dans les deux tableaux. Le coefficient de fonctionnement est identique dans les deux cas : 1 en 1x8h, 2,2 en 2x8h, 3 en 3x8h avec arrêt le week-end et 4,2 en 3x8h sans arrêt le week-end. Enfin, pour un isolant multicouche ou plusieurs couches d’un même isolant, la surface ou la longueur retenue est celle de la première couche uniquement.
| Température du fluide | Diamètre < 508 mm (kWh cumac par m) | Surface plane ou diamètre ≥ 508 mm (kWh cumac par m²) |
|---|---|---|
| -80 °C < T ≤ -10 °C | 300 | 450 |
| -10 °C < T ≤ 10 °C | 180 | 400 |
| 40 °C < T ≤ 100 °C | 1050 | 1300 |
| 100 °C < T ≤ 300 °C | 1900 | 2050 |
| T > 300 °C | 1850 | 1850 |
| Coefficient 1x8h / 2x8h / 3x8h avec arrêt le week-end / 3x8h sans arrêt | × 1 / 2,2 / 3 / 4,2 | × 1 / 2,2 / 3 / 4,2 |
| Quantité | Longueur isolée L en m | Surface d’isolant posé S en m² |
Combien ça représente en vrai : quatre cas chiffrés
Premier cas : un réseau de vapeur entre 100 °C et 300 °C, sur un site agroalimentaire en 3x8h sans arrêt le week-end. Le recensement identifie 120 mètres de tuyauterie de diamètre inférieur à 508 mm, nus ou très dégradés. Le calcul s’écrit 1900 × 4,2 × 120. Le produit 1900 × 4,2 vaut 7980 kWh cumac par mètre ; sur 120 mètres, on obtient 957 600 kWh cumac.
Deuxième cas : un réseau d’eau chaude de process entre 40 °C et 100 °C, sur un site en 2x8h. Les tronçons à traiter, dispersés dans plusieurs ateliers, totalisent 250 mètres de diamètre inférieur à 508 mm. Le calcul est 1050 × 2,2 × 250. Le produit 1050 × 2,2 donne 2310 kWh cumac par mètre ; sur 250 mètres, le montant atteint 577 500 kWh cumac. Deux fois plus de longueur qu’au premier cas, mais une température plus basse et un régime en deux postes : le résultat tombe bien en dessous.
Troisième cas, côté surface plane : une cuve de stockage d’eau chaude entre 40 °C et 100 °C, jamais isolée, sur un site en 3x8h avec arrêt le week-end. L’isolateur pose 60 m² d’isolant en première couche. Le calcul devient 1300 × 3 × 60. Le produit 1300 × 3 fait 3900 kWh cumac par mètre carré ; pour 60 m², le montant s’élève à 234 000 kWh cumac.
Quatrième cas, pour mesurer l’écart avec le froid : une conduite d’eau glycolée entre -10 °C et 10 °C, diamètre inférieur à 508 mm, site en 3x8h sans arrêt le week-end, 80 mètres à isoler. Le calcul est 180 × 4,2 × 80. Le produit 180 × 4,2 vaut 756 kWh cumac par mètre ; sur 80 mètres, le total est de 60 480 kWh cumac.
| Cas | Plage de température | Régime | Quantité | Calcul | Montant (kWh cumac) |
|---|---|---|---|---|---|
| Vapeur, diamètre < 508 mm | 100 °C < T ≤ 300 °C | 3x8h sans arrêt le week-end | 120 m | 1900 × 4,2 × 120 | 957 600 |
| Eau chaude process, diamètre < 508 mm | 40 °C < T ≤ 100 °C | 2x8h | 250 m | 1050 × 2,2 × 250 | 577 500 |
| Cuve, surface plane | 40 °C < T ≤ 100 °C | 3x8h avec arrêt le week-end | 60 m² | 1300 × 3 × 60 | 234 000 |
| Eau glycolée, diamètre < 508 mm | -10 °C < T ≤ 10 °C | 3x8h sans arrêt le week-end | 80 m | 180 × 4,2 × 80 | 60 480 |
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EstimerLes conditions techniques
La performance exigée s’exprime par la résistance thermique simplifiée R’, rapport entre l’épaisseur d’isolant installée et sa conductivité thermique, relevée à -10 °C, 10 °C, 50 °C, 100 °C ou 200 °C selon la plage de température du fluide. Un isolant conduit davantage la chaleur quand il est chaud : la température de référence peut imposer une épaisseur supérieure.
Pour les diamètres inférieurs à 508 mm, R’ doit être supérieure ou égale à 2,1 m².K/W lorsque -80 °C < T ≤ -10 °C, 0,8 lorsque -10 °C < T ≤ 10 °C, 1,8 lorsque 40 °C < T ≤ 100 °C, 1,8 lorsque 100 °C < T ≤ 300 °C, et 1,4 lorsque T > 300 °C. Pour les surfaces planes et les diamètres supérieurs ou égaux à 508 mm, les exigences sont plus élevées sur les plages froides : au moins 2,8 m².K/W lorsque -80 °C < T ≤ -10 °C et 1,0 lorsque -10 °C < T ≤ 10 °C. La pose est confiée à un professionnel et respecte la norme NF DTU 45.2 d’avril 2018, relative à l’isolation thermique des circuits, appareils et accessoires de -80 °C à +650 °C, ou une norme équivalente.
| Température du fluide | R’ minimale, diamètre < 508 mm (m².K/W) | R’ minimale, surface plane ou diamètre ≥ 508 mm (m².K/W) |
|---|---|---|
| -80 °C < T ≤ -10 °C | 2,1 | 2,8 |
| -10 °C < T ≤ 10 °C | 0,8 | 1,0 |
| 40 °C < T ≤ 100 °C | 1,8 | se reporter à la fiche |
| 100 °C < T ≤ 300 °C | 1,8 | se reporter à la fiche |
| T > 300 °C | 1,4 | se reporter à la fiche |
Ce que la preuve de réalisation doit permettre d’établir
Chaque facteur du calcul doit pouvoir être retrouvé dans le dossier. La preuve de réalisation identifie l’installation concernée et permet de reconstituer, pour chaque réseau ou équipement traité, les éléments suivants.
- La nature de la paroi : diamètre < 508 mm, ou surface plane et diamètre ≥ 508 mm, puisque ce classement décide du tableau applicable.
- La température du fluide, pour situer l’opération dans l’une des cinq plages du barème.
- La quantité posée : longueur en mètres ou surface d’isolant en mètres carrés, comptée sur la première couche seulement.
- L’isolant, son épaisseur et sa conductivité à la température de référence, pour justifier que R’ atteint le seuil exigé.
- L’état initial : réseau non isolé, ou isolation existante dont la résistance était inférieure à la moitié de celle attendue.
- La mise en œuvre selon la norme NF DTU 45.2 d’avril 2018 ou une norme équivalente.
Les contrôles et ce qui fait tomber un dossier
Le premier motif de rejet est le périmètre. Un dossier qui compte des vannes ou des brides sous la fiche IND-UT-131 mélange deux fiches : ces points singuliers relèvent de l’IND-UT-121. De même, une isolation par injection ou une installation en système ouvert est hors champ.
Le deuxième motif tient à la température : un fluide entre 10 °C et 40 °C n’ouvre droit à rien, et une plage mal renseignée fausse tout le calcul, le montant unitaire variant de 180 à 2050 kWh cumac selon la ligne retenue. Le troisième concerne la performance : une épaisseur insuffisante ou une conductivité prise à la mauvaise température de référence peut laisser R’ sous le seuil. Isoler un réseau dont le calorifuge dépassait déjà la moitié de la résistance attendue n’est pas non plus valorisable.
Enfin, le comptage des quantités est un point de vigilance récurrent : compter la deuxième couche d’un isolant multicouche, classer une tuyauterie de diamètre ≥ 508 mm dans le tableau au mètre linéaire, ou retenir un régime de fonctionnement plus favorable que la réalité du site remettent en cause le montant demandé.
Questions fréquentes
Les vannes et les brides d’un réseau sont-elles valorisables avec la fiche IND-UT-131 ?
Non. L’isolation des points singuliers est couverte par la fiche IND-UT-121. Sur un même réseau, le linéaire et les parois relèvent de la 131, les points singuliers de la 121 : les deux opérations se déclarent séparément.
Comment savoir si l’on compte en mètres ou en mètres carrés ?
Le seuil est le diamètre de 508 mm, soit 20 pouces. En dessous, on compte les mètres linéaires isolés. À partir de 508 mm, comme pour toute surface plane, on compte la surface d’isolant posé en mètres carrés, sur la première couche seulement.
Peut-on refaire l’isolation d’un réseau déjà calorifugé ?
Oui, si la résistance thermique simplifiée de l’isolation existante est inférieure d’un facteur deux à celle attendue par la fiche. Un calorifuge dégradé ou nettement sous-dimensionné est éligible ; un calorifuge encore proche du niveau requis ne l’est pas.
Pourquoi le régime de fonctionnement change-t-il autant le montant ?
Parce que les pertes ne se produisent que lorsque le fluide est en température. Le coefficient vaut 1 en 1x8h, 2,2 en 2x8h, 3 en 3x8h avec arrêt le week-end et 4,2 en 3x8h sans arrêt le week-end : une même longueur vaut 4,2 fois plus de certificats en marche continue qu’en un seul poste.
Page rédigée par Core Energy à partir de la fiche d'opération standardisée publiée par arrêté et de nos propres guides de dépôt. Les barèmes changent par arrêté : ils sont revérifiés à chaque modification. Contenu vérifié le 13 septembre 2026.