AGRI-TH-102 : stockage d’eau chaude pour serre, 130 kWh cumac par m² chauffé
Dans une serre chauffée, la chaleur se fabrique au mauvais moment : le jour, quand la chaudière tourne pour fournir du CO2 aux plantes, alors qu’elle se consomme la nuit. Le dispositif de stockage d’eau chaude, le ballon tampon des serristes, règle ce décalage. La fiche AGRI-TH-102 le valorise à 130 kWh cumac par mètre carré de serre chauffée par le dispositif, quel que soit le volume de la cuve. C’est l’une des fiches les plus courtes du catalogue, trois conditions seulement, et tout repose sur la surface déclarée et sur le libellé de la preuve de réalisation.
- Secteur
- Agriculture
- Version applicable
- v. A14-1
- Durée de vie conventionnelle
- 15 ans
L'essentiel
- Un seul montant unitaire : 130 kWh cumac par m² de serre chauffée par le dispositif de stockage. Pas de zone climatique, pas de tranche de volume, pas de distinction selon l’énergie de la chaudière.
- Un hectare raccordé au stockage vaut 130 × 10 000 = 1 300 000 kWh cumac. Le calcul porte sur la surface au sol réellement desservie par le ballon, pas sur la surface totale de l’exploitation.
- Serres horticoles neuves ou existantes : un ballon ajouté sur une chaufferie en place comme une cuve prévue dès la construction d’une serre.
- Trois conditions : pose par un professionnel, preuve de réalisation qui mentionne la mise en place d’un dispositif de stockage d’eau chaude, ou à défaut marque et référence complétées par un document du fabricant.
- Durée de vie conventionnelle de 15 ans. La fiche ne fixe ni volume minimal, ni isolation, ni température, ni étude de dimensionnement : la pertinence technique relève du serriste et de son chauffagiste.
Ce que couvre la fiche AGRI-TH-102, et ce que veut dire son code
La fiche AGRI-TH-102 valorise la mise en place d’un dispositif de stockage d’eau chaude destiné au chauffage de serres horticoles, neuves ou existantes. La version en vigueur porte le numéro A14-1. Le texte ne mentionne aucune date de début ni de fin d’application, et il ne restreint pas le champ géographique : rien n’y réserve l’opération à la métropole ou à l’outre-mer.
Le code se lit en trois blocs. AGRI désigne le secteur agricole, par opposition à BAT pour le tertiaire, IND pour l’industrie, BAR pour le résidentiel ou TRA pour le transport. TH renvoie à la famille thermique, celle des opérations qui agissent sur la production ou la gestion de la chaleur. Le nombre 102 est un numéro d’ordre : c’est l’une des toutes premières fiches thermiques du volet agricole, signe de la place du chauffage des serres dans la facture énergétique des exploitations.
La fiche ne définit pas le dispositif au-delà de son nom. Dans le métier, il s’agit du ballon tampon : une cuve en acier, le plus souvent verticale et isolée, raccordée au réseau d’eau chaude de la serre, dont la capacité va de quelques dizaines de mètres cubes sur une petite exploitation horticole à plusieurs milliers sur les grands sites maraîchers. La fiche n’impose ni volume, ni isolation, ni température.
La durée de vie conventionnelle est de 15 ans : c’est le nombre d’années sur lequel les économies sont comptées, puis actualisées, pour aboutir au forfait de 130 kWh cumac par m². Ce n’est pas un engagement de l’exploitant, et une cuve qui dure trente ans ne change pas le montant.
Pourquoi un ballon tampon fait économiser de l’énergie dans une serre
Le besoin de chaleur d’une serre est très irrégulier. La nuit, le vitrage ou le film plastique perd la chaleur vers un ciel froid, et la chaudière doit tenir la consigne sans aucun apport solaire. Le jour, le soleil chauffe la serre et le besoin tombe, parfois à zéro. Mais c’est justement le jour que les plantes photosynthétisent et que le serriste enrichit l’air en CO2 pour doper la croissance. Sur beaucoup d’installations au gaz, ce CO2 provient des fumées refroidies de la chaudière : pour avoir du CO2 le jour, il faut faire tourner la chaudière à un moment où l’on n’a pas besoin de sa chaleur.
Sans stockage, cette chaleur de jour est perdue ou mal utilisée : on ouvre les ouvrants pour l’évacuer, ou l’on fait tourner la chaudière à faible charge, là où son rendement est le plus mauvais. La nuit, à l’inverse, la chaudière doit être dimensionnée pour la pointe de froid et enchaîne les cycles de marche et d’arrêt dès que la nuit est douce. Chaque démarrage coûte : purge, mise en température des surfaces d’échange, combustion mal réglée pendant les premières minutes.
Le ballon tampon découple la production de la consommation. La chaudière tourne le jour, à charge stable et proche de son rendement optimal, pendant que les plantes utilisent le CO2 ; l’eau chaude est stockée. La nuit, la serre puise dans le ballon, et la chaudière ne redémarre que si la réserve ne suffit pas. Trois gains à la fois : la chaleur de jour n’est plus gaspillée, la chaudière consomme moins par kilowattheure fourni, et la puissance à installer diminue puisque le ballon lisse la pointe de nuit. Avec une cogénération, le même principe permet de faire tourner le moteur aux heures où l’électricité a le plus de valeur et de garder la chaleur pour plus tard.
Le ballon lui-même ne consomme rien : il déplace la chaleur dans le temps. Sa qualité tient à deux choses que la fiche ne mentionne pas : l’isolation, car une cuve nue perd en quelques heures ce qu’elle a emmagasiné, et la stratification, l’eau chaude restant en haut et l’eau refroidie en bas, ce qui permet de livrer une eau à la bonne température jusqu’à la fin du déstockage.
Qui peut en bénéficier
La fiche s’adresse aux exploitants de serres horticoles chauffées. Le terme n’est pas défini par le texte, et la lecture prudente retient l’horticulture au sens large du métier : maraîchage sous serre (tomate, concombre, fraise hors sol), fleurs coupées, plantes en pot, jeunes plants et pépinière sous abri. Le point commun est une culture sous abri dont la température est maintenue par un réseau d’eau chaude. Une serre froide ou un tunnel non chauffé n’ont rien à déclarer.
Le statut du bénéficiaire n’est pas restreint : exploitant individuel, société agricole, coopérative ou groupement. La fiche ne demande ni taille minimale ni type d’énergie particulier pour la chaudière : gaz, biomasse, cogénération ou pompe à chaleur relèvent du même texte, puisque seule la fonction de stockage d’eau chaude est visée.
La mention « neuves ou existantes » ouvre deux situations : le serriste qui ajoute un ballon à une chaufferie en service, souvent lors d’un remplacement de chaudière ou d’une extension, et la construction d’une serre neuve dont le projet intègre d’emblée la cuve. Dans les deux cas, comme pour toute opération CEE, le contact avec celui qui valorise les certificats doit précéder la signature du devis ou la commande du matériel.
Comment se calcule le montant
Le point 5 de la fiche tient en une ligne : le montant en kWh cumac est le produit d’un montant unitaire de 130 kWh cumac par m² et de S, la surface de serre chauffée par le dispositif, en m². Il n’existe aucune autre variable. La zone climatique n’intervient pas, alors qu’elle module beaucoup d’autres fiches thermiques. Le volume du ballon n’intervient pas non plus : une cuve de 300 m³ et une cuve de 1 500 m³ desservant la même serre donnent le même montant.
S est une surface de serre, pas une surface de cuve ni une surface vitrée développée. La lecture prudente retient la surface au sol des serres dont le réseau de chauffage est alimenté par le stockage, lue sur les plans ou le permis de construire, et cohérente avec le schéma hydraulique de la chaufferie. Un hectare correspond à 10 000 m².
L’expression « chauffée par le dispositif » demande le plus d’attention. La fiche ne précise pas comment l’apprécier, mais son sens est clair : seule compte la surface effectivement desservie par le ballon. Si le stockage est raccordé au collecteur principal d’une chaufferie qui alimente toute l’exploitation, S est la surface chauffée totale. Si un bloc de serres est chauffé par une chaudière indépendante non reliée au ballon, sa surface ne compte pas, même contiguë.
| Élément du calcul | Ce que fixe la fiche | Où le lire |
|---|---|---|
| Montant unitaire | 130 kWh cumac par m², valeur unique | Point 5 de la fiche, sans variante de zone ni de volume |
| S | Surface de serre chauffée par le dispositif, en m² | Plans de la serre, permis de construire, schéma hydraulique de la chaufferie |
| Montant | 130 × S | Un hectare desservi : 130 × 10 000 = 1 300 000 kWh cumac |
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Quatre situations courantes. Un horticulteur produit des plantes en pot dans 4 000 m² de serre verre chauffée au gaz et fait poser un ballon tampon sur sa chaufferie : 130 × 4 000 = 520 000 kWh cumac. Un maraîcher cultive de la tomate hors sol sur 1,5 hectare, soit 15 000 m², avec une cogénération dont la chaleur est désormais stockée : 130 × 15 000 = 1 950 000 kWh cumac.
Troisième cas, le plus instructif. Une exploitation compte 6 hectares de serres, mais le nouveau ballon n’est raccordé qu’à la chaufferie des 4 hectares les plus récents, soit 40 000 m² ; les 2 hectares anciens gardent leur chaudière indépendante. Le montant est 130 × 40 000 = 5 200 000 kWh cumac. Déclarer les 6 hectares donnerait 130 × 60 000 = 7 800 000 kWh cumac, soit 2 600 000 kWh cumac de trop et un dossier qui ne correspond pas à l’installation. Quatrième cas, une serre neuve de 10 hectares, 100 000 m², avec la cuve prévue dès la construction : 130 × 100 000 = 13 000 000 kWh cumac.
Deux enseignements. Le montant croît strictement avec la surface : à l’hectare, 130 × 10 000 = 1 300 000 kWh cumac, et il suffit de multiplier par le nombre d’hectares desservis. Et le forfait ne récompense pas le surdimensionnement : doubler le volume de la cuve n’ajoute pas un kWh cumac. Le dimensionnement est donc une décision purement technique, à prendre avec le chauffagiste selon la stratégie de CO2, la puissance de la chaufferie et la durée des nuits froides.
| Cas | Surface chauffée par le dispositif | Calcul | Montant en kWh cumac |
|---|---|---|---|
| Horticulteur, plantes en pot, chaudière gaz | 4 000 m² | 130 × 4 000 | 520 000 |
| Maraîcher tomate, cogénération | 15 000 m² (1,5 ha) | 130 × 15 000 | 1 950 000 |
| Site de 6 ha, ballon raccordé sur 4 ha seulement | 40 000 m² (4 ha) | 130 × 40 000 | 5 200 000 |
| Serre neuve de 10 ha avec cuve prévue à la construction | 100 000 m² (10 ha) | 130 × 100 000 | 13 000 000 |
Les conditions techniques : ce que la fiche exige, et ce qu’elle n’exige pas
Le point 3 de la fiche tient en trois exigences. D’abord, l’installation doit être confiée à un professionnel. Ensuite, la facture ou toute autre preuve de réalisation doit nommer le dispositif de stockage d’eau chaude. Si elle ne le nomme pas, elle doit au moins indiquer la marque et la référence de l’équipement posé, et le dossier doit alors contenir un document du fabricant qui qualifie cette marque et cette référence de dispositif de stockage d’eau chaude. Rien de plus.
Conséquence : la facture porte l’essentiel du dossier. Le libellé le plus sûr reprend les mots de la fiche, « mise en place d’un dispositif de stockage d’eau chaude pour le chauffage de la serre », avec le volume et le lieu d’installation. Une facture qui dit seulement « cuve acier 500 m³ » n’emploie pas le terme attendu ; elle reste recevable par la voie de secours si elle donne la marque et la référence et qu’un document du fabricant établit qu’il s’agit d’un stockage d’eau chaude. Les cuves de serre étant souvent fabriquées sur mesure, il faut obtenir du constructeur cette fiche produit ou cette attestation.
Il est tout aussi important de savoir ce que la fiche ne demande pas : ni volume minimal, ni ratio de mètres cubes par hectare, ni épaisseur d’isolant, ni température de stockage, ni étude de dimensionnement, ni qualification du poseur au-delà de sa qualité de professionnel, ni condition sur la chaudière raccordée, ni clause de non-cumul écrite dans ce texte. Ces silences ne sont pas des failles à exploiter : un ballon sans isolation ne produira pas les économies que le forfait suppose, et c’est l’exploitant qui paiera le gaz. Ils signifient que le contrôle porte sur la nature de l’équipement, sa pose par un professionnel et la surface desservie.
Le mot « mise en place » a aussi son poids. La fiche ne traite pas explicitement du cas d’une cuve déjà présente sur le site, reraccordée ou déplacée d’une chaufferie à une autre ; la lecture prudente considère qu’un tel dossier risque de ne pas être reconnu comme une mise en place, et il vaut mieux faire trancher la question par le délégataire avant de l’engager. De même, un ballon acheté par le serriste et posé par ses propres équipes ne remplit pas la condition du professionnel.
| Exigence | Ce que dit la fiche | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Secteur | Serres horticoles neuves ou existantes | Serre chauffée par un réseau d’eau chaude ; une serre froide n’a pas de surface à déclarer |
| Poseur | Mise en place réalisée par un professionnel | Devis et facture au nom d’une entreprise de chauffage ou d’équipement de serres, pas d’auto-installation |
| Preuve de réalisation | Mentionne la mise en place d’un dispositif de stockage d’eau chaude | Reprendre les mots de la fiche sur la facture, avec volume et lieu de pose |
| Voie de secours | Marque et référence sur la preuve, plus document du fabricant qualifiant l’équipement | Cuves sur mesure : obtenir la fiche produit ou l’attestation du constructeur avant la pose |
| Surface S | Surface de serre chauffée par le dispositif, en m² | Cohérence entre plans, schéma hydraulique et surface déclarée |
Les contrôles et ce qui fait tomber un dossier
Avec un montant qui dépasse le million de kWh cumac dès le premier hectare, un dossier AGRI-TH-102 est regardé de près, et la fiche étant courte, chaque mot manquant se voit. Les motifs de rejet se déduisent presque tous du texte.
Le bon réflexe consiste à cadrer l’opération avant la commande de la cuve : établir le schéma hydraulique qui montre quelles serres le ballon alimentera, relever leur surface au sol sur les plans, convenir avec l’installateur du libellé de la facture et demander dès le devis au fabricant le document qui nomme l’équipement. Ces quatre points couvrent les motifs de rejet qui se déduisent du texte.
- Surface S surévaluée : surface totale déclarée alors que le ballon ne dessert qu’une partie des serres, surface de culture nette confondue avec la surface au sol, ou hectares mal convertis (1 ha = 10 000 m²).
- Facture au libellé générique, « cuve », « réservoir », « citerne », sans les mots « stockage d’eau chaude », et sans marque ni référence.
- Voie de secours incomplète : marque et référence présentes, mais aucun document du fabricant, ou un document qui décrit une cuve d’eau froide, d’eau de pluie ou de solution nutritive.
- Équipement hors objet : bassin d’eau de pluie, cuve de solution fertilisante, réservoir de condensats. Seul le stockage d’eau chaude destiné au chauffage est visé.
- Pose réalisée par l’exploitant ou ses salariés, avec un simple achat de matériel.
- Cuve déjà présente sur le site, déplacée ou reraccordée : cas que la fiche ne traite pas, à faire valider par le délégataire avant de l’engager.
- Serre non chauffée comptée dans S : un tunnel froid ou un abri hors gel sans réseau d’eau chaude n’est pas chauffé par le dispositif.
- Chronologie inversée : devis signé ou cuve commandée avant tout contact avec celui qui valorise les certificats.
Questions fréquentes
Quel volume de ballon faut-il pour être éligible à AGRI-TH-102 ?
La fiche n’impose aucun volume, ni minimal ni maximal, et le montant ne dépend pas de la capacité de la cuve : il vaut 130 kWh cumac par m² de serre chauffée par le dispositif. Le volume se décide donc sur des critères purement techniques, avec le chauffagiste, en fonction de la puissance de la chaufferie, de la stratégie d’enrichissement en CO2 et de la durée des nuits froides à couvrir. Un ballon trop petit se vide avant le matin ; un ballon trop grand immobilise de l’acier et de l’isolant pour rien.
Ma serre est chauffée par une cogénération ou une chaudière biomasse, suis-je concerné ?
Oui. La fiche vise le dispositif de stockage d’eau chaude, pas la source de chaleur. Elle ne mentionne aucune condition sur la chaudière, le combustible ou le mode de production. Un ballon raccordé à une cogénération gaz, à une chaudière bois ou à une pompe à chaleur relève du même texte, dès lors qu’il stocke de l’eau chaude pour le chauffage de la serre.
Je construis une serre neuve avec sa cuve de stockage, puis-je déposer un dossier ?
Oui. Le secteur d’application de la fiche indique explicitement « serres horticoles neuves ou existantes ». La cuve intégrée au projet de construction est une mise en place au sens de la fiche. Il faut en revanche que la facture du lot chauffage ou du lot cuve fasse apparaître distinctement le dispositif de stockage d’eau chaude, et que le contact avec celui qui valorise les certificats précède la signature du marché.
J’ai plusieurs serres, comment compter la surface S ?
On additionne la surface au sol de toutes les serres dont le réseau de chauffage est alimenté par le ballon, et seulement celles-là. Si le stockage est raccordé au collecteur principal d’une chaufferie qui dessert tout le site, S est la surface chauffée totale. Si un bloc de serres garde une chaudière indépendante non reliée au ballon, sa surface n’entre pas dans le calcul. Le schéma hydraulique de la chaufferie est la pièce qui permet de le démontrer.
Page rédigée par Core Energy à partir de la fiche d'opération standardisée publiée par arrêté et de nos propres guides de dépôt. Les barèmes changent par arrêté : ils sont revérifiés à chaque modification. Contenu vérifié le 2 octobre 2026.