BAT-EN-107 : isoler une toiture-terrasse tertiaire vaut de 600 à 3 640 kWh cumac par m²
Sur un bâtiment tertiaire à toit plat, la toiture est la paroi qui perd le plus de chaleur au mètre carré, et souvent la seule qu’on peut isoler sans fermer le site. La fiche BAT-EN-107 valorise la pose d’un isolant par l’extérieur sur une toiture-terrasse ou une couverture de pente inférieure à 5 %, avec un R d’au moins 4,5 m².K/W. Le montant se compte au mètre carré d’isolant, de 600 à 3 640 kWh cumac selon la zone climatique, l’énergie de chauffage et l’activité. Attention au calendrier : la fiche indique qu’elle est abrogée à compter du 1er mai 2027.
- Secteur
- Tertiaire
- Version applicable
- v. A64-3, opérations engagées à compter du 1er janvier 2025
- Durée de vie conventionnelle
- 30 ans
L'essentiel
- La fiche vise les locaux tertiaires existants à usage professionnel dont la toiture est une terrasse ou une couverture de pente inférieure à 5 %. L’isolant est posé par l’extérieur, au-dessus du support, par un professionnel.
- Un seul seuil technique : R de l’isolation installée supérieur ou égal à 4,5 m².K/W, évalué selon les normes NF EN 12664, 12667 ou 12939, ou NF EN ISO 22097 pour un isolant réfléchissant.
- Le montant est un forfait par m² d’isolant : 1 800, 1 500 ou 1 000 kWh cumac en chauffage électrique, 2 800, 2 300 ou 1 500 au combustible selon la zone H1, H2 ou H3, multiplié par un facteur d’activité de 0,6, 0,7 ou 1,3, puis par la surface S.
- La santé pèse plus du double des bureaux : facteur 1,3 contre 0,6. Une clinique en H1 au gaz atteint 3 640 kWh cumac par m².
- La facture doit dire trois choses : isolation de toiture-terrasse, surface d’isolant, R selon la norme. À défaut, marque et référence du produit plus un document du fabricant ou d’un organisme accrédité. Durée de vie conventionnelle : 30 ans.
Ce que couvre la fiche BAT-EN-107, et comment lire son code
La fiche BAT-EN-107 s’intitule « Isolation des toitures-terrasses » et vise la mise en place d’un doublage extérieur isolant en toiture-terrasse ou sur une couverture de pente inférieure à 5 %. Trois mots comptent. « Doublage » : on ajoute une couche isolante, on ne remplace pas la toiture. « Extérieur » : l’isolant se pose au-dessus de l’élément porteur, dalle béton ou bac acier, pas en sous-face. « Pente inférieure à 5 % » : la fiche englobe les couvertures à très faible pente des commerces et entrepôts.
Le code se lit en trois blocs : BAT pour les bâtiments tertiaires, EN pour la famille enveloppe, celle des parois, par opposition aux fiches TH des systèmes thermiques, et 107 pour le numéro d’ordre. Le secteur d’application est écrit sans ambiguïté : les locaux du secteur tertiaire existants réservés à une utilisation professionnelle. Ni bâtiment neuf, ni local d’habitation.
La version applicable est la A64-3, pour les opérations engagées à compter du 1er janvier 2025. La fiche porte sa propre date de fin : abrogée à compter du 1er mai 2027, sans rien dire d’une période transitoire ; la lecture prudente est que le devis soit signé, après intervention du mandataire, avant cette date. La durée de vie conventionnelle est de 30 ans : les économies sont comptées puis actualisées sur trois décennies, d’où l’unité en kWh cumac, pour cumulés et actualisés, et le niveau élevé du barème.
Pourquoi isoler le toit par l’extérieur fait économiser de l’énergie
La toiture est la paroi la plus sollicitée d’un bâtiment. L’hiver, l’air chaud monte et se stratifie sous le plafond : la face intérieure du toit est la plus chaude de toutes les parois, l’écart avec l’extérieur y est maximal, et avec lui le flux de chaleur perdu par mètre carré. S’y ajoute le rayonnement vers le ciel nocturne, qui refroidit une toiture plate sous la température de l’air. L’été, une étanchéité sombre surchauffe et renvoie cette chaleur dans les locaux, ce qui charge la climatisation.
Poser un isolant au-dessus du support divise ce flux dans un rapport qui dépend de la résistance thermique ajoutée, R, en m².K/W, soit l’épaisseur de l’isolant divisée par sa conductivité λ. Pour atteindre 4,5 m².K/W, il faut environ 10 cm d’un panneau de polyuréthane à 0,022 W/(m.K), 14 à 15 cm de polystyrène expansé ou 16 à 17 cm de laine de roche pour toiture. Ce sont des ordres de grandeur ; la fiche technique du produit posé fait foi.
Pourquoi par l’extérieur ? Parce qu’une isolation posée au-dessus de la dalle forme un manteau continu : la dalle reste du côté chaud et garde son inertie, les ponts thermiques aux acrotères et aux poutres sont traités dans la continuité de l’isolant, et le chantier se fait depuis le toit, locaux occupés. L’opération se greffe souvent sur une réfection d’étanchéité : isolant posé sur le support, étanchéité refaite par-dessus.
Qui peut en bénéficier
Le bénéficiaire est le propriétaire ou l’exploitant d’un local tertiaire existant réservé à une utilisation professionnelle : bureaux, enseignement, commerce, hôtel, restaurant, clinique, EHPAD, entrepôt, salle de sport. La fiche classe ces activités en quatre groupes pour le calcul, mais toutes y entrent via les « autres secteurs ».
L’isolant doit être posé par un professionnel. La fiche ne demande aucune qualification particulière, ni mention RGE, ni certification de l’entreprise : une entreprise d’étanchéité ou de couverture qui facture les travaux remplit la condition. Comme pour toute opération CEE, le mandataire ou l’obligé qui valorise les certificats doit être intervenu au plus tard le jour de l’engagement, c’est-à-dire de la signature du devis, souvent signé dans l’urgence après une fuite.
- Éligible : local tertiaire existant à usage professionnel, toiture-terrasse ou couverture de pente inférieure à 5 %, isolant posé par l’extérieur par un professionnel avec R ≥ 4,5 m².K/W, quelle que soit l’activité.
- Exclu : bâtiment neuf, local d’habitation ou non professionnel, pente supérieure ou égale à 5 %, isolation posée en sous-face, R inférieur à 4,5 m².K/W, travaux engagés avant l’intervention du mandataire ou à compter du 1er mai 2027.
Comment se calcule le montant
Le montant en kWh cumac est le produit de trois termes, base × facteur × S : une base par m² qui dépend de la zone climatique et de l’énergie de chauffage, un facteur correctif qui dépend du secteur d’activité, et S, la surface d’isolant en m². La base croise trois zones et deux énergies. En chauffage électrique : 1 800 kWh cumac par m² en H1, 1 500 en H2, 1 000 en H3. Au combustible : 2 800 en H1, 2 300 en H2, 1 500 en H3. La fiche ne définit pas l’énergie de chauffage et ne traite pas les cas mixtes. La lecture prudente est de retenir l’énergie du générateur principal des locaux sous la toiture isolée : pompe à chaleur ou panneaux rayonnants en colonne électricité, chaudière gaz, fioul ou bois en colonne combustible. Un local raccordé à un réseau de chaleur n’entre dans aucune des deux colonnes telles qu’elles sont écrites ; sans position écrite du délégataire, la colonne électricité, la plus basse, est la seule inattaquable.
Le facteur correctif vaut 0,6 pour bureaux, enseignement et commerces, 0,7 pour hôtellerie et restauration, 1,3 pour la santé, 0,6 pour les autres secteurs. La logique est celle des heures de chauffe : un hôtel ou une clinique fonctionnent nuit et jour, bureaux, écoles et commerces aux heures d’ouverture. La fiche ne définit pas les secteurs ; pour un bâtiment qui mêle plusieurs activités sous le même toit, la lecture prudente est de découper S par activité, ou d’appliquer à tout le toit le facteur le plus bas.
S est la surface d’isolant installé, celle de la facture : ni la surface au sol du bâtiment, ni la surface de toiture au plan, dont se déduisent édicules, lanterneaux et équipements. Pour deux couches croisées, la lecture prudente est de compter la surface une fois, avec un R égal à la somme des deux couches.
| Zone climatique | Chauffage électrique (base par m²) | Chauffage au combustible (base par m²) | Facteur correctif par secteur |
|---|---|---|---|
| H1 | 1 800 kWh cumac | 2 800 kWh cumac | Bureaux, enseignement, commerces : 0,6 |
| H2 | 1 500 kWh cumac | 2 300 kWh cumac | Hôtellerie, restauration : 0,7 |
| H3 | 1 000 kWh cumac | 1 500 kWh cumac | Santé : 1,3 |
| Formule | Base × facteur × S | S = surface d’isolant installé en m² | Autres secteurs : 0,6 |
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Une fois le facteur appliqué, le barème va de 600 kWh cumac par m² (H3, électricité, bureaux : 1 000 × 0,6 = 600) à 3 640 (H1, combustible, santé : 2 800 × 1,3 = 3 640), soit un rapport d’environ 6. Un commerce en H2 au gaz vaut 2 300 × 0,6 = 1 380 kWh cumac par m².
Posons quatre chantiers. Un supermarché à Lille, zone H1, chauffé au gaz, dont la couverture bac acier reçoit 2 000 m² d’isolant : 2 800 × 0,6 × 2 000 = 3 360 000 kWh cumac. Une clinique à Tours, zone H2, au gaz, 1 200 m² de toiture-terrasse : 2 300 × 1,3 × 1 200 = 3 588 000 kWh cumac. Avec 800 m² de moins, la clinique obtient davantage : effet du facteur santé.
Un hôtel à Montpellier, zone H3, chauffé par pompe à chaleur donc en colonne électricité, 800 m² : 1 000 × 0,7 × 800 = 560 000 kWh cumac. Au gaz, le même hôtel aurait donné 1 500 × 0,7 × 800 = 840 000 kWh cumac. Enfin un immeuble de bureaux à Lyon, zone H1, chauffé à l’électricité, 1 500 m² : 1 800 × 0,6 × 1 500 = 1 620 000 kWh cumac. Au gaz : 2 800 × 0,6 × 1 500 = 2 520 000 kWh cumac, soit 900 000 kWh cumac d’écart pour la même toiture. Énergie de chauffage et secteur sont donc les deux paramètres à vérifier avant toute annonce.
| Cas | Zone, énergie, secteur | S (m²) | Calcul | Montant en kWh cumac |
|---|---|---|---|---|
| Supermarché bac acier | H1, combustible, commerces | 2 000 | 2 800 × 0,6 × 2 000 | 3 360 000 |
| Clinique | H2, combustible, santé | 1 200 | 2 300 × 1,3 × 1 200 | 3 588 000 |
| Hôtel à pompe à chaleur | H3, électricité, hôtellerie | 800 | 1 000 × 0,7 × 800 | 560 000 |
| Immeuble de bureaux | H1, électricité, bureaux | 1 500 | 1 800 × 0,6 × 1 500 | 1 620 000 |
| Les mêmes bureaux au gaz | H1, combustible, bureaux | 1 500 | 2 800 × 0,6 × 1 500 | 2 520 000 |
Les conditions techniques : un R, une norme, une facture qui le dit
La fiche tient en une exigence de performance et une de preuve. La performance : R de l’isolation installée supérieur ou égal à 4,5 m².K/W, évalué selon la norme NF EN 12664, NF EN 12667 ou NF EN 12939 pour un isolant non réfléchissant, et NF EN ISO 22097 pour un isolant réfléchissant. En pratique, c’est la valeur certifiée du produit qu’on reporte dans le dossier.
La preuve de réalisation, c’est-à-dire la facture, doit mentionner la mise en place d’une isolation de toiture-terrasse, la surface d’isolant installé, et la résistance thermique évaluée selon l’une des normes. Une facture qui parle de « réfection du complexe d’étanchéité » avec un prix global ne remplit aucune des trois.
Si la facture ne porte pas le R, la fiche prévoit une voie de rattrapage : elle mentionne alors la marque et la référence du matériau et la surface installée, complétées par un document du fabricant, ou d’un organisme de l’Espace économique européen accrédité selon la norme NF EN ISO/IEC 17065 par le COFRAC ou un organisme équivalent. Ce document dit que le produit est un isolant et donne sa résistance thermique, ou sa conductivité et son épaisseur, selon l’une des normes. S’il porte une date de validité, il reste utilisable jusqu’à un an après. Et quand la référence existe en plusieurs épaisseurs, cas de presque tous les panneaux de toiture, la facture sans R doit impérativement préciser l’épaisseur posée.
| Exigence | Ce que dit la fiche | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Local et toiture | Tertiaire existant à usage professionnel ; terrasse ou pente inférieure à 5 % | Pas de neuf ; pente notée au dossier |
| Pose | Doublage extérieur isolant, par un professionnel | Au-dessus du support, jamais en sous-face |
| Performance | R de l’isolation installée ≥ 4,5 m².K/W selon NF EN 12664, 12667, 12939 ou NF EN ISO 22097 | R de la couche posée, pas du toit après travaux |
| Facture | Isolation de toiture-terrasse, surface d’isolant, R selon la norme | Trois mentions, sinon la voie marque et référence |
| Voie de rattrapage | Marque, référence, surface, plus document du fabricant ou d’un organisme accrédité | Épaisseur obligatoire si plusieurs épaisseurs ; document valable un an après sa fin de validité |
| Calendrier | Fiche abrogée à compter du 1er mai 2027 | Engagement daté et prouvé avant |
Les contrôles et ce qui fait tomber un dossier
Avec des montants en millions de kWh cumac pour une seule toiture, les dossiers BAT-EN-107 sont lus ligne à ligne, et la surface est le premier point vérifié. Reprenons le supermarché de Lille : la toiture mesure 2 300 m² au plan, dont 300 m² d’édicules, lanterneaux et groupes froids, et l’isolant posé couvre 2 000 m². Déclarer la surface au plan ajoute 2 800 × 0,6 × 300 = 504 000 kWh cumac de trop, et met la facture en contradiction avec le dossier.
Le deuxième point est le R. Un dossier qui annonce 4,5 m².K/W avec 12 cm de laine de roche à 0,038 W/(m.K) ne tient pas : 0,12 divisé par 0,038 donne environ 3,16 m².K/W, et le dossier tombe entièrement, pas au prorata. Le troisième est la cohérence entre la case retenue et le bâtiment : facteur santé appliqué aux bureaux d’un groupe de cliniques, colonne combustible pour des locaux chauffés par des cassettes électriques, zone du siège au lieu de celle du site.
Le bon ordre : identifier le toit et sa pente, relever l’énergie de chauffage et l’activité sous ce toit, faire intervenir le mandataire avant de signer le devis, exiger une facture portant surface, épaisseur, R et norme. Alors le calcul tient en une multiplication et le dossier passe.
- Surface déclarée supérieure à la surface d’isolant facturée : surface au plan, surface au sol, deux couches comptées deux fois.
- R inférieur à 4,5 m².K/W, ou R annoncé sans épaisseur ni norme vérifiable : tout ou rien sur ce seuil.
- Facture sans les trois mentions et sans marque ni référence ; référence en plusieurs épaisseurs sans l’épaisseur posée ; document du fabricant périmé depuis plus d’un an.
- Mauvaise colonne d’énergie ou mauvais secteur, pente supérieure ou égale à 5 %, isolation en sous-face, bâtiment neuf.
- Mandataire intervenu après la signature du devis, ou opération engagée à compter du 1er mai 2027.
Questions fréquentes
Quelle épaisseur d’isolant faut-il pour atteindre le R de 4,5 m².K/W de la BAT-EN-107 ?
Cela dépend de la conductivité du produit : environ 10 cm pour un polyuréthane à 0,022 W/(m.K), 14 à 15 cm pour un polystyrène expansé, 16 à 17 cm pour une laine de roche de toiture. La fiche ne fixe pas d’épaisseur mais un R mesuré selon les normes qu’elle cite : la fiche technique certifiée du produit, à l’épaisseur posée, fait foi.
L’entreprise d’étanchéité doit-elle être RGE pour la BAT-EN-107 ?
La fiche demande que la mise en place soit réalisée par un professionnel, et rien d’autre : aucune qualification ni mention RGE n’y figure. Ce qui est exigé, c’est le contenu de sa facture : isolation de toiture-terrasse, surface d’isolant et résistance thermique selon la norme.
Ma couverture est en bac acier avec une légère pente. Est-elle éligible ?
Oui si la pente est inférieure à 5 %. La dénomination vise explicitement la toiture-terrasse « ou couverture de pente inférieure à 5 % », ce qui couvre les toits à faible pente des commerces et entrepôts. Au-delà, l’opération ne relève plus de cette fiche. Faites figurer la pente dans le dossier.
Jusqu’à quand peut-on utiliser la fiche BAT-EN-107 ?
La fiche indique qu’elle est abrogée à compter du 1er mai 2027, sans période transitoire ni règle pour les chantiers en cours. La lecture prudente : devis signé, après intervention du mandataire, avant cette date, avec une preuve de date incontestable.
La laine déjà présente sur mon toit compte-t-elle dans le R de 4,5 ?
La fiche parle de la résistance thermique de l’isolation installée et ne dit rien d’un cumul avec un isolant existant. La lecture prudente est de dimensionner le nouvel isolant pour atteindre seul 4,5 m².K/W.
Page rédigée par Core Energy à partir de la fiche d'opération standardisée publiée par arrêté et de nos propres guides de dépôt. Les barèmes changent par arrêté : ils sont revérifiés à chaque modification. Contenu vérifié le 2 octobre 2026.