BAT-EN-108 : isoler les murs d’un tertiaire en outre-mer, jusqu’à 1 400 kWh cumac par m²
Cette fiche est réservée à la France d’outre-mer : elle ne vaut rien pour un bâtiment de métropole. Elle valorise la pose d’un doublage isolant, collé ou sur ossature, sur les murs en façade ou en pignon d’un bâtiment tertiaire de 10 000 m² au plus, existant ou neuf. Le montant se compte par mètre carré d’isolant posé, de 540 à 1 400 kWh cumac selon six secteurs d’activité et deux colonnes. Un hôtel existant vaut près du double d’un commerce : avant d’annoncer un volume, il faut savoir ce que l’on isole, pour qui, et sur quelle surface réelle.
- Secteur
- Tertiaire
- Version applicable
- v. A19-1
- Durée de vie conventionnelle
- 30 ans
L'essentiel
- La fiche ne s’applique qu’en France d’outre-mer, aux bâtiments tertiaires existants ou neufs dont la surface totale ne dépasse pas 10 000 m². La métropole est hors champ.
- L’opération est la mise en place d’un doublage isolant, complexe ou sur ossature, sur un ou plusieurs murs en façade ou en pignon, avec une résistance thermique R d’au moins 1,2 m².K/W.
- Le montant est un forfait par m² d’isolant posé, de 540 à 1 400 kWh cumac selon le secteur d’activité et selon que le bâtiment est existant ou neuf. Hôtellerie et santé en haut du barème, commerce et autres secteurs en bas.
- La facture doit mentionner la mise en place d’une isolation, la surface d’isolant installé et sa résistance thermique. À défaut, marque et référence du matériau, surface, et un document du fabricant ou d’un organisme accrédité.
- Durée de vie conventionnelle : 30 ans. Pose par un professionnel, sans qualification particulière exigée. Aucune zone climatique, aucun critère sur le mur support.
Ce que couvre la fiche BAT-EN-108
La fiche BAT-EN-108 s’intitule « Isolation des murs (France d’outre-mer) ». Son objet : la mise en place d’un doublage isolant, complexe ou sur ossature, sur un ou plusieurs murs en façade ou en pignon d’un bâtiment tertiaire. Son secteur d’application : bâtiments tertiaires existants ou neufs, de surface totale inférieure ou égale à 10 000 m², en France d’outre-mer. Trois bornes, donc : la nature du bâtiment, sa taille, sa localisation.
Le code se lit en trois blocs. BAT désigne les bâtiments tertiaires. EN désigne la famille enveloppe, celle des opérations qui agissent sur les parois, par opposition aux fiches TH sur les systèmes de chauffage et de froid. 108 est le numéro d’ordre dans cette famille. La version lue dans le document officiel est la A19-1 ; la fiche ne mentionne aucune date d’entrée en application.
Deux mots du titre méritent d’être pesés. « Doublage » est le vocabulaire des plaquistes : une paroi isolante rapportée sur un mur, le plus souvent côté intérieur. « Complexe » désigne le panneau prêt à coller, plaque de plâtre et isolant assemblés en usine ; « sur ossature », l’isolant glissé entre des montants puis fermé par une plaque. La fiche cite ces deux techniques et aucune autre : un enduit sur isolant par l’extérieur ou un bardage ne sont pas décrits dans ses termes, et la lecture prudente consiste à s’en tenir à ce que le texte nomme.
La durée de vie conventionnelle est de 30 ans, la période sur laquelle les économies sont comptées puis actualisées en kWh cumac. C’est long dans le catalogue, et cela explique le poids de chaque mètre carré : une paroi isolée économise chaque année, sans entretien ni remplacement.
Pourquoi isoler un mur fait économiser de l’énergie sous les tropiques
En métropole, on isole un mur pour garder la chaleur dedans. En outre-mer, on isole pour l’empêcher d’entrer. Un mur en béton ou en parpaing exposé au soleil toute la journée monte bien au-dessus de la température de l’air ; cette chaleur traverse la paroi avec quelques heures de retard et se retrouve dans les locaux en fin d’après-midi, précisément quand on voudrait que la climatisation souffle moins. Chaque watt qui franchit le mur devra être évacué par un groupe froid, qui consomme de l’électricité pour le faire.
Le doublage interpose entre le mur et l’intérieur une couche à faible conductivité. Le flux qui traverse une paroi est inversement proportionnel à sa résistance thermique totale : ajouter 1,2 m².K/W à un mur de parpaing dont la résistance propre est faible divise le flux entrant par un facteur sensible et repousse le pic de chaleur plus tard dans la nuit, quand l’air extérieur a refroidi. La résistance R se calcule simplement : épaisseur en mètres divisée par la conductivité lambda. Un isolant de 50 mm à lambda 0,038 donne environ 1,32 m².K/W et passe le seuil ; un 40 mm du même matériau donne environ 1,05 et ne passe pas ; un polyuréthane de 30 mm à lambda 0,022 donne environ 1,36. La fiche ne juge que le résultat, pas la nature de l’isolant.
Cette physique éclaire le barème. Un hôtel ou un établissement de santé est climatisé jour et nuit, toute l’année : chaque mètre carré isolé y soulage le groupe froid en continu, d’où les valeurs les plus élevées. Des bureaux ne le sont que le jour ouvré, un commerce sur des plages variables. Quant à la colonne « bâtiment neuf », plus basse d’un peu plus d’un quart, elle traduit un principe constant du dispositif : un bâtiment neuf est déjà censé respecter des exigences de conception, l’économie supplémentaire est donc comptée plus faible.
Qui peut en bénéficier
Le bénéficiaire est le maître d’ouvrage des travaux : propriétaire ou exploitant d’un bâtiment tertiaire situé en France d’outre-mer. La fiche parle de « France d’outre-mer » sans énumérer les territoires, et ne distingue pas propriétaire et locataire.
Six secteurs d’activité fixent le montant : bureaux, commerce, hôtellerie, enseignement, santé, et une ligne « autres secteurs » pour le reste du tertiaire, gymnase, salle polyvalente ou local associatif. La fiche ne dit rien du bâtiment mixte, par exemple un commerce surmonté de bureaux : la lecture prudente consiste à affecter chaque surface d’isolant au secteur du local qu’elle isole, et à le documenter.
Le plafond de 10 000 m² de surface totale s’apprécie sur le bâtiment, pas sur la surface isolée, et la fiche n’indique pas quelle définition de surface retenir : près du seuil, un relevé écrit joint au dossier s’impose. La pose doit être réalisée par un professionnel : un gérant qui doublerait lui-même les murs de son commerce n’entre pas dans la fiche, même avec un R conforme. Et comme pour toute opération CEE, celui qui valorise les certificats doit être intervenu au plus tard le jour de l’engagement, en pratique avant la signature du devis.
- Éligible : tertiaire de France d’outre-mer, existant ou neuf, surface totale inférieure ou égale à 10 000 m², murs en façade ou en pignon doublés par un professionnel, R supérieur ou égal à 1,2 m².K/W.
- Exclu : métropole, tertiaire de plus de 10 000 m², logement, industrie, agriculture, pose par le bénéficiaire lui-même, R inférieur à 1,2.
Comment se calcule le montant
Le montant en kWh cumac est le produit d’une valeur du barème par S, la surface d’isolant posé en m². La valeur dépend de deux paramètres : le secteur d’activité, parmi six, et la situation du bâtiment, existant ou neuf. Douze cases, aucune zone climatique, aucun coefficient de correction.
S est la surface d’isolant installé, pas la surface du mur : sur une façade percée de baies, c’est la surface du mur moins les ouvertures et les retours non traités. C’est elle qui figure sur la facture et qui entre dans le calcul. Commerce et autres secteurs partagent les mêmes valeurs ; la colonne neuf représente entre 71 et 74 % de la colonne existant ; et l’hôtellerie existante, à 1 400, vaut 1 400 divisé par 760, soit 1,84 fois le commerce existant.
| Secteur d’activité | Bâtiment existant (kWh cumac par m² d’isolant posé) | Bâtiment neuf (kWh cumac par m² d’isolant posé) |
|---|---|---|
| Bureaux | 920 | 660 |
| Commerce | 760 | 540 |
| Hôtellerie | 1 400 | 1 000 |
| Enseignement | 810 | 580 |
| Santé | 1 300 | 960 |
| Autres secteurs | 760 | 540 |
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Les ordres de grandeur sont ceux des opérations d’enveloppe à longue durée de vie : quelques centaines de milliers de kWh cumac pour un bâtiment courant, plus d’un million pour un hôtel ou une clinique de bonne taille. Quatre cas, S étant la surface d’isolant effectivement posée, ouvertures déduites.
Un hôtel existant à Fort-de-France fait doubler l’intérieur de ses façades les plus exposées, soit 600 m² d’isolant : 1 400 × 600 = 840 000 kWh cumac. Un immeuble de bureaux existant à Saint-Denis de La Réunion traite 350 m² de murs : 920 × 350 = 322 000 kWh cumac. Une clinique neuve à Cayenne pose 1 200 m² de doublage sur ossature : 960 × 1 200 = 1 152 000 kWh cumac. Un commerce existant à Pointe-à-Pitre isole 250 m² : 760 × 250 = 190 000 kWh cumac.
La colonne compte autant que le secteur. Le même hôtel de 600 m², s’il était neuf, vaudrait 1 000 × 600 = 600 000 kWh cumac, soit 240 000 de moins. Le commerce de 250 m², en neuf, tomberait à 540 × 250 = 135 000 kWh cumac. Et la surface est le levier le plus facile à surévaluer : compter les façades de l’hôtel hors tout à 750 m² au lieu des 600 m² posés donnerait 1 400 × 750 = 1 050 000 kWh cumac, soit 210 000 de trop. Le métré se fait pièce par pièce, baies déduites, identique sur le devis, la facture et le dossier.
| Cas | Secteur et situation | S (m²) | Calcul | Montant en kWh cumac |
|---|---|---|---|---|
| Hôtel | Hôtellerie, existant | 600 | 1 400 × 600 | 840 000 |
| Le même hôtel s’il était neuf | Hôtellerie, neuf | 600 | 1 000 × 600 | 600 000 |
| Immeuble de bureaux | Bureaux, existant | 350 | 920 × 350 | 322 000 |
| Clinique | Santé, neuf | 1 200 | 960 × 1 200 | 1 152 000 |
| Commerce | Commerce, existant | 250 | 760 × 250 | 190 000 |
Les conditions techniques : un professionnel, un R minimal, une facture qui le dit
La fiche pose trois conditions, et elles sont courtes. La mise en place est réalisée par un professionnel : aucune qualification ni label n’est demandé, il faut une entreprise, un devis et une facture à son nom. La résistance thermique R de l’isolation installée est supérieure ou égale à 1,2 m².K/W : seul critère de performance, il porte sur le produit posé, dans l’épaisseur posée. Et la preuve de réalisation, en pratique la facture, mentionne trois choses ensemble : la mise en place d’une isolation, la surface d’isolant installé, et la résistance thermique de l’isolation installée. « Fourniture et pose de doublage, 600 m² » sans le R est incomplet au sens strict.
La fiche prévoit une voie de rattrapage. Si la facture ne donne pas le R, elle mentionne au moins la marque et la référence du matériau et la surface installée, et elle est complétée par un document du fabricant, ou d’un organisme établi dans l’Espace économique européen et accrédité selon la norme NF EN 45011 par le COFRAC ou par un organisme signataire de l’accord multilatéral européen pertinent. Ce document indique que le matériau de cette marque et de cette référence est un isolant et précise ses caractéristiques thermiques : résistance thermique, ou conductivité et épaisseur.
Deux détails de ce rattrapage piègent les dossiers. Si le document porte une date de validité, la fiche le considère valable jusqu’à un an après sa fin de validité. Et pour les références proposées en plusieurs épaisseurs, cas de presque tous les complexes de doublage, la facture qui ne donne pas le R doit impérativement préciser l’épaisseur posée, sans quoi le R ne peut pas être retrouvé. Pour le reste, la fiche n’écrit rien : ni épaisseur minimale, ni type d’isolant, ni pare-vapeur, ni étude préalable, ni distinction entre face intérieure et face extérieure. Sa légèreté se paie par une exigence totale sur les trois mentions de la facture.
| Exigence | Ce que dit la fiche | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Nature de l’opération | Doublage isolant, complexe ou sur ossature, sur mur(s) en façade ou en pignon | Pas de cloison, pas de toiture, pas de plancher |
| Performance | R de l’isolation installée supérieur ou égal à 1,2 m².K/W | R du produit dans l’épaisseur posée, lu sur la fiche technique |
| Preuve de réalisation | Mise en place d’une isolation, surface d’isolant installé, résistance thermique | Les trois mentions ensemble, en toutes lettres |
| Rattrapage | Marque, référence et surface sur la facture, plus document du fabricant ou d’un organisme accrédité | Épaisseur posée obligatoire si la référence existe en plusieurs épaisseurs |
Les contrôles et ce qui fait tomber un dossier
Avec trois conditions et une seule variable, les motifs de rejet tiennent à quatre choses : le champ, le R, la surface, la facture.
Le champ : un dossier déposé pour un bâtiment de métropole, un tertiaire de plus de 10 000 m² ou un bâtiment non tertiaire est hors fiche, quelle que soit la qualité des travaux. Le secteur doit correspondre à l’usage réel : des bureaux déclarés en hôtellerie pour passer de 920 à 1 400 kWh cumac par m² ne résistent pas à un contrôle qui demande le Kbis ou le bail.
Le R : un complexe 10 + 40 en polystyrène expansé standard donne un R de l’ordre de 1,05 m².K/W, sous le seuil, alors que le même en 10 + 50 passe à environ 1,32. Un centimètre sépare un dossier qui tient d’un dossier qui tombe, et la fiche technique doit être lue dans l’épaisseur réellement posée.
La surface et la facture : si la facture indique 600 m² mais que le métré du dossier retient 750, l’écart est immédiatement visible et l’opération sera ramenée à la facture ou rejetée. Le bon ordre : relever la surface à doubler pièce par pièce, baies déduites ; choisir un produit dont le R dans l’épaisseur prévue dépasse 1,2 ; faire figurer sur le devis puis sur la facture la mention d’isolation, la surface, le R et, par sécurité, la marque, la référence et l’épaisseur ; joindre la fiche technique. Quand ces points sont calés, le calcul tient en une multiplication et le dossier passe.
- Bâtiment en métropole, surface totale supérieure à 10 000 m², ou bâtiment non tertiaire : hors champ.
- Secteur d’activité surclassé, ou secteur unique appliqué à un bâtiment mixte sans justification.
- R de l’isolation installée inférieur à 1,2 m².K/W, souvent par un centimètre d’épaisseur manquant.
- Facture sans résistance thermique et sans marque ni référence ; ou référence en plusieurs épaisseurs sans l’épaisseur posée : aucune des deux voies de la fiche n’est remplie.
- Surface surévaluée : façades comptées hors tout, ouvertures non déduites, écart entre métré et facture.
- Celui qui valorise les certificats intervenu après la signature du devis : le rôle actif et incitatif doit être établi au plus tard le jour de l’engagement.
Questions fréquentes
La fiche BAT-EN-108 s’applique-t-elle en métropole ?
Non. Son secteur d’application est écrit noir sur blanc : bâtiments tertiaires existants ou neufs, de surface totale inférieure ou égale à 10 000 m², en France d’outre-mer. La métropole relève de l’opération d’isolation des murs qui lui est propre. La fiche n’énumère pas les territoires d’outre-mer concernés.
Quelle épaisseur d’isolant faut-il pour atteindre R 1,2 ?
La fiche ne fixe pas d’épaisseur, seulement un R minimal de 1,2 m².K/W pour l’isolation installée. R vaut l’épaisseur en mètres divisée par le lambda du produit : un isolant à lambda 0,038 passe le seuil à partir de 50 mm environ (0,050 divisé par 0,038 donne 1,32), un polyuréthane à lambda 0,022 dès 30 mm. Vérifiez toujours le R donné par le fabricant pour l’épaisseur exacte que vous posez.
Le montant se calcule-t-il sur la surface du mur ou sur la surface d’isolant ?
Sur la surface d’isolant posé, en m². C’est le mot employé par la fiche au point 5 et la mention exigée sur la facture. Les baies, portes et parties de mur non traitées ne comptent pas : sur une façade de 100 m² percée de 20 m² de fenêtres, S vaut 80 m², soit pour un hôtel existant 1 400 × 80 = 112 000 kWh cumac.
Un bâtiment neuf est-il éligible à BAT-EN-108 ?
Oui, la fiche prévoit explicitement les bâtiments tertiaires neufs, avec une colonne de barème plus basse : 660 au lieu de 920 pour les bureaux, 1 000 au lieu de 1 400 pour l’hôtellerie, 960 au lieu de 1 300 pour la santé, 580 au lieu de 810 pour l’enseignement, 540 au lieu de 760 pour le commerce et les autres secteurs. Professionnel, R minimal et mentions de la facture restent identiques.
Ma facture indique le doublage et la surface, mais pas la résistance thermique. Le dossier est-il perdu ?
Pas forcément. La fiche prévoit une seconde voie : la facture mentionne la marque et la référence du matériau ainsi que la surface, et vous joignez un document du fabricant ou d’un organisme accrédité qui atteste que ce produit est un isolant et donne sa résistance thermique, ou sa conductivité et son épaisseur. Si la référence existe en plusieurs épaisseurs, la facture doit préciser l’épaisseur posée. Un document daté reste utilisable jusqu’à un an après sa fin de validité.
Page rédigée par Core Energy à partir de la fiche d'opération standardisée publiée par arrêté et de nos propres guides de dépôt. Les barèmes changent par arrêté : ils sont revérifiés à chaque modification. Contenu vérifié le 2 octobre 2026.