BAT-EQ-135 : un onduleur de data center vaut 2 500 à 3 100 kWh cumac par kW de puissance
Dans un centre de données, toute l’électricité des serveurs passe par l’onduleur, 24 heures sur 24, et chaque point de rendement perdu là se paie deux fois : en électricité, puis en froid pour évacuer la chaleur produite. La fiche BAT-EQ-135 valorise la mise en place d’une alimentation sans interruption (ASI) de classe 1 et d’un rendement d’au moins 98 %, dans un centre de données neuf ou existant : 3 100 kWh cumac par kW de puissance active de sortie assignée jusqu’à 200 kW, 2 500 kWh cumac par kW au-delà. Attention au calendrier : la fiche s’applique aux opérations engagées avant le 1er août 2029.
- Secteur
- Tertiaire
- Version applicable
- v. A65-2, opérations engagées à compter du 1er avril 2025
- Durée de vie conventionnelle
- 15 ans
L'essentiel
- La fiche vise la mise en place d’une ASI performante dans un centre de données neuf ou existant, c’est-à-dire un site physique qui regroupe des machines pour stocker et distribuer des données. Une salle où des opérateurs saisissent ou traitent des données n’en est pas un.
- Trois conditions sur la machine : classe 1, puissance active de sortie assignée d’au moins 100 kW, rendement d’au moins 98 % dans le mode de conversion répondant à la classe 1, selon la norme NF EN IEC 62040-3 de mai 2021.
- Montant par kW de puissance active de sortie assignée : 3 100 kWh cumac entre 100 kW exclu et 200 kW inclus, 2 500 kWh cumac au-delà. Une ASI de 200 kW vaut 620 000 kWh cumac, une de 1 000 kW en vaut 2 500 000.
- La facture doit mentionner la mise en place d’une ASI performante, sa classe, sa puissance active de sortie assignée et son rendement. La fiche ne prévoit aucun rattrapage par un document du fabricant.
- Durée de vie conventionnelle de 15 ans, version A65-2 depuis le 1er avril 2025, et fin d’application écrite dans la fiche : opérations engagées avant le 1er août 2029.
Ce que couvre la fiche BAT-EQ-135, et ce que veut dire son code
La fiche BAT-EQ-135 porte sur la mise en place, dans un centre de données neuf ou existant, d’un dispositif performant d’alimentation sans interruption. L’ASI, que le terrain appelle onduleur, se place entre le réseau électrique et les baies informatiques : elle filtre la tension et la maintient sur batteries en cas de coupure, le temps que les groupes électrogènes démarrent. La fiche dit mise en place et non remplacement : un onduleur posé dans un bâtiment en construction est éligible comme celui qui succède à un ancien.
Le code se lit en trois blocs. BAT désigne le secteur des bâtiments tertiaires, dont les centres de données font partie. EQ renvoie à la famille des équipements, par opposition aux fiches TH, qui touchent la production de chaleur ou de froid, et aux fiches SE, qui valorisent des services. 135 est le numéro d’ordre dans la série. La durée de vie conventionnelle est de 15 ans, d’où l’unité en kWh cumac, pour cumulés et actualisés.
La fiche définit elle-même le centre de données : un site physique qui regroupe des installations informatiques, serveurs, routeurs, commutateurs, disques durs, chargées de stocker et de distribuer des données à travers un réseau interne ou via Internet. Elle écarte explicitement les salles informatiques avec opérateurs saisissant ou traitant des données : un espace de travail n’est pas un data center, même secouru par un gros onduleur.
Pourquoi deux points de rendement changent tout dans un data center
Un onduleur à double conversion redresse le courant alternatif du réseau en courant continu, qui alimente aussi les batteries, puis le reconvertit en alternatif propre pour les serveurs. Chaque étage a des pertes, dissipées en chaleur dans les semi-conducteurs, les selfs et les transformateurs. La fiche fixe le seuil à 98 % de rendement dans le mode de conversion répondant à la classe 1.
L’écart paraît faible, il ne l’est pas. À titre d’illustration, passer de 96 à 98 % divise les pertes par deux : pour une charge informatique de 500 kW, elles passent de 500 × 0,04 = 20 kW à 500 × 0,02 = 10 kW. Sur les 8 760 heures d’une année, 10 × 8 760 = 87 600 kWh économisés sur la seule conversion. Et toute la puissance perdue dans l’onduleur devient de la chaleur que le refroidissement de la salle doit évacuer : dix kilowatts de pertes en moins, c’est aussi dix kilowatts de froid en moins à produire en permanence.
Reste le mode de fonctionnement. Beaucoup d’onduleurs proposent un mode économique où la charge est alimentée directement par le réseau à travers un bypass, avec un meilleur rendement mais une protection dégradée. La fiche exige 98 % « pour le mode de conversion répondant à la classe 1 », c’est-à-dire, dans la norme NF EN IEC 62040-3, la classe de performance dynamique de sortie la plus exigeante : la tension reste dans un gabarit étroit lors d’une variation brusque de charge, d’un passage sur batterie ou d’un défaut réseau. Pour la très grande majorité des machines, ce mode est la double conversion, pas le mode économique. Le rendement à retenir est donc celui du mode qui protège réellement les serveurs, pas la meilleure valeur du catalogue.
Qui peut en bénéficier
Le bénéficiaire est l’exploitant ou le propriétaire du centre de données qui fait installer l’ASI : hébergeur, opérateur de colocation, fournisseur cloud, mais aussi entreprise, banque, établissement de santé ou collectivité qui exploite son propre site informatique. La fiche ne fixe aucune condition de taille sur le centre de données lui-même ; le seul seuil porte sur la machine, avec une puissance active de sortie assignée d’au moins 100 kW.
La mise en place doit être réalisée par un professionnel ; la fiche ne nomme ni qualification ni mention RGE. Comme pour toute opération CEE, le mandataire ou l’obligé qui valorise les certificats doit être intervenu au plus tard le jour de l’engagement, en pratique avant la signature du devis.
Comment se calcule le montant
Le montant en kWh cumac est le produit d’une valeur du barème par P, la puissance active de sortie assignée de l’ASI en kW : 3 100 kWh cumac par kW quand P est supérieure à 100 kW et inférieure ou égale à 200 kW, 2 500 kWh cumac par kW quand P dépasse 200 kW. Pas de zone climatique, pas de coefficient d’usage, pas de distinction entre neuf et existant.
La puissance active de sortie assignée est la puissance en kW que le constructeur garantit en sortie de l’onduleur dans les conditions de la norme. Ce n’est ni la puissance apparente en kVA, souvent affichée en premier sur la plaque, ni la charge réellement appelée par les serveurs le jour de la mise en service. Sur les onduleurs récents, le facteur de puissance de sortie assigné vaut fréquemment 1, et les kW égalent les kVA ; quand il est inférieur à 1, les kW sont inférieurs aux kVA.
Le barème produit un effet de seuil. À 200 kW, le montant est de 3 100 × 200 = 620 000 kWh cumac. À 201 kW, on bascule dans la seconde tranche : 2 500 × 201 = 502 500 kWh cumac, soit moins qu’à 200 kW, et la seconde tranche ne rattrape la première qu’à 2 500 × 248 = 620 000, c’est-à-dire 248 kW. Ce n’est pas une raison pour sous-dimensionner un onduleur, mais c’est utile quand deux calibres voisins sont possibles.
Un cas limite n’est pas tranché par la fiche : une ASI de 100 kW exactement. Le point 3 l’admet (« supérieure ou égale à 100 kW »), mais le point 5 ouvre sa première tranche à « 100 kW < P », ce qui laisse 100 kW pile sans valeur de barème. C’est probablement un décalage d’écriture, mais la lecture prudente est de ne pas bâtir un dossier sur une machine de 100,0 kW : le calibre immédiatement supérieur évite la discussion.
| Puissance active de sortie assignée P de l’ASI | Montant par kW | Formule |
|---|---|---|
| 100 kW < P ≤ 200 kW | 3 100 kWh cumac par kW | 3 100 × P |
| P > 200 kW | 2 500 kWh cumac par kW | 2 500 × P |
| P < 100 kW | Non éligible (condition du point 3) | Aucun montant |
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Quatre cas, avec la puissance active de sortie assignée lue sur la documentation du constructeur. Une salle serveurs d’entreprise, dans un local dédié sans poste de travail, équipée d’une ASI de 120 kW : 3 100 × 120 = 372 000 kWh cumac. Un hébergeur régional qui installe une machine de 200 kW : 3 100 × 200 = 620 000 kWh cumac. Une salle de colocation équipée d’une ASI de 400 kW : 2 500 × 400 = 1 000 000 kWh cumac. Un centre de données qui installe une unité de 1 000 kW : 2 500 × 1 000 = 2 500 000 kWh cumac.
Les centres de données travaillent presque toujours en redondance. La fiche parle d’un dispositif ASI et de la puissance active de sortie assignée de cette ASI ; elle ne dit rien d’un système de plusieurs unités en parallèle ni d’une ASI modulaire dont la puissance dépend du nombre de modules insérés. La lecture prudente est de retenir, pour chaque machine, la puissance assignée telle qu’elle est livrée et facturée, sans additionner des unités distinctes ni compter des emplacements de modules vides. Deux ASI de 300 kW en architecture 2N, facturées comme deux machines, donnent 2 500 × 300 = 750 000 kWh cumac chacune, soit 750 000 + 750 000 = 1 500 000 kWh cumac pour le site. C’est le seul point où une confirmation écrite du délégataire se justifie avant l’engagement.
| Cas | P (kW) | Tranche | Calcul | Montant en kWh cumac |
|---|---|---|---|---|
| Salle serveurs d’entreprise | 120 | 100 < P ≤ 200 | 3 100 × 120 | 372 000 |
| Hébergeur régional | 200 | 100 < P ≤ 200 | 3 100 × 200 | 620 000 |
| Salle de colocation | 400 | P > 200 | 2 500 × 400 | 1 000 000 |
| Centre de données | 1 000 | P > 200 | 2 500 × 1 000 | 2 500 000 |
| Architecture 2N, deux ASI de 300 kW facturées séparément | 300 + 300 | P > 200 | 750 000 + 750 000 | 1 500 000 |
Les conditions techniques : classe 1, 100 kW, 98 %, et une facture qui le dit
Les trois exigences sur la machine, classe 1, puissance active de sortie assignée d’au moins 100 kW, rendement d’au moins 98 % dans le mode de conversion répondant à la classe 1, s’apprécient conformément à la norme NF EN IEC 62040-3 dans son édition de mai 2021, celle qui fixe les méthodes d’essai des onduleurs : mesure du rendement, classement de la performance dynamique de sortie, déclaration de la puissance assignée. Une fiche technique qui se réfère à une édition antérieure ou à une méthode maison ne démontre pas la conformité au sens de la fiche.
Sur le rendement, la fiche écrit un seuil et un mode, mais pas de point de charge, alors que le rendement d’un onduleur varie selon le taux de charge et que la norme prévoit des mesures à plusieurs taux. La lecture prudente est de s’appuyer sur la valeur déclarée par le constructeur pour le mode double conversion, mesurée selon la norme, et de vérifier qu’elle atteint 98 % dans la plage de charge où l’installation va réellement travailler, plutôt que sur un pic affiché pour un point favorable.
La preuve de réalisation, en pratique la facture, doit mentionner la mise en place d’un dispositif performant d’alimentation sans interruption, ainsi que la classe, la puissance active de sortie assignée et le rendement de celui-ci. La fiche ne prévoit pas de rattrapage par la marque et la référence complétées d’un document du fabricant : la preuve elle-même doit porter ces mentions. Il faut donc obtenir de l’installateur, avant facturation, un libellé du type « mise en place d’une ASI performante, classe 1 selon NF EN IEC 62040-3, puissance active de sortie assignée 400 kW, rendement 98,2 % en double conversion », et une désignation du site ou de la salle qui le rattache à un centre de données.
| Exigence | Ce que dit la fiche | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Lieu | Centre de données neuf ou existant, au sens de la définition du point 2 | Pas une salle avec opérateurs |
| Classe | Classe 1 | Performance dynamique de sortie, NF EN IEC 62040-3 : mai 2021 |
| Puissance | Puissance active de sortie assignée ≥ 100 kW | En kW, pas en kVA |
| Rendement | ≥ 98 % pour le mode de conversion répondant à la classe 1 | Mode économique exclu ; point de charge non précisé |
| Preuve de réalisation | Mentionne l’ASI performante, sa classe, sa puissance active de sortie assignée et son rendement | Aucun rattrapage prévu ; fixer le libellé avant facturation |
Les contrôles et ce qui fait tomber un dossier
Un dossier BAT-EQ-135 représente vite plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions de kWh cumac pour une seule facture. Le premier risque tient au libellé : une facture qui ne désigne l’onduleur que par sa marque et son modèle ne suffit pas. Sans la classe, la puissance active assignée et le rendement écrits noir sur blanc, la preuve de réalisation n’est pas celle que la fiche exige. Le deuxième motif porte sur la puissance : une plaque lue en kVA au lieu de kW peut placer la machine dans la mauvaise tranche et fausser le montant déclaré.
Le bon ordre : vérifier que le local répond à la définition du centre de données, faire intervenir le mandataire avant toute signature, choisir une machine dont la documentation affiche la classe 1 et 98 % en double conversion selon la norme, lire la puissance active de sortie assignée en kW, puis faire reprendre ces informations sur le devis et la facture. Le calcul tient alors en une multiplication.
- Facture sans la classe, la puissance active de sortie assignée ou le rendement : la preuve exigée par la fiche n’est pas constituée, et aucun document du fabricant ne la remplace.
- Puissance déclarée en kVA au lieu de kW, ou charge raccordée retenue à la place de la puissance assignée de la machine.
- Rendement pris dans le mode économique sur bypass, onduleur de classe 2 ou 3, ou documentation se référant à une édition de la norme antérieure à mai 2021.
- Local hors définition : salle avec opérateurs, plateau de bureaux secouru, atelier sans fonction d’hébergement de données. Unités en parallèle additionnées ou emplacements de modules vides comptés dans la puissance.
- Mandataire ou obligé intervenu après la signature du devis, ou opération engagée à compter du 1er août 2029.
Questions fréquentes
Combien vaut un onduleur en BAT-EQ-135 ?
On multiplie la puissance active de sortie assignée de l’ASI, en kW, par 3 100 kWh cumac entre 100 kW exclu et 200 kW inclus, ou par 2 500 kWh cumac au-delà de 200 kW. Une machine de 160 kW vaut 3 100 × 160 = 496 000 kWh cumac, une machine de 800 kW vaut 2 500 × 800 = 2 000 000 kWh cumac. Ni zone climatique ni coefficient d’usage.
Ma salle serveurs d’entreprise est-elle un centre de données au sens de la fiche ?
La fiche définit le centre de données comme un site physique regroupant des installations informatiques chargées de stocker et de distribuer des données via un réseau interne ou Internet, et exclut les salles où des opérateurs saisissent ou traitent des données. Une salle technique dédiée aux serveurs, sans poste de travail, répond à cette définition ; un plateau de bureaux ou un espace mixte n’y répond pas.
Le rendement en mode éco de mon onduleur dépasse 99 %. Est-ce suffisant ?
Non. La fiche exige au moins 98 % pour le mode de conversion répondant à la classe 1 de la norme NF EN IEC 62040-3. Le mode économique alimente la charge par le bypass avec une protection réduite et ne tient pas, en règle générale, le gabarit de la classe 1. Le rendement à produire, et à écrire sur la facture, est celui du mode double conversion mesuré selon la norme.
Puissance en kVA ou en kW : laquelle retenir pour BAT-EQ-135 ?
Les kW. La fiche parle de puissance active de sortie assignée, garantie en sortie par le constructeur dans les conditions de la norme. À facteur de puissance de sortie 1, kW et kVA sont égaux. À facteur 0,9, une ASI de 500 kVA vaut 500 × 0,9 = 450 kW, soit 2 500 × 450 = 1 125 000 kWh cumac, et non 2 500 × 500 = 1 250 000.
Page rédigée par Core Energy à partir de la fiche d'opération standardisée publiée par arrêté et de nos propres guides de dépôt. Les barèmes changent par arrêté : ils sont revérifiés à chaque modification. Contenu vérifié le 2 octobre 2026.