IND-EN-102 : 1 600 kWh cumac par m² d’isolant en toiture d’un bâtiment industriel d’outre-mer
Deux choses à savoir d’abord : la fiche IND-EN-102 est réservée à la France d’outre-mer, et elle est abrogée à compter du 1er mai 2027. Entre-temps, elle valorise la pose d’un isolant thermique en plancher de combles, en rampant de toiture ou en toiture terrasse d’un bâtiment industriel, existant ou neuf. Le barème est l’un des plus simples du catalogue : 1 600 kWh cumac par mètre carré d’isolant posé en bâtiment existant, 1 400 en bâtiment neuf, sans zone climatique ni coefficient d’usage. Sous un climat tropical, la toiture est la première entrée de chaleur d’un atelier, et c’est là que la fiche fait porter l’effort.
- Secteur
- Industrie
- Version applicable
- v. A64-3, opérations engagées à compter du 1er janvier 2025
- Durée de vie conventionnelle
- 30 ans
L'essentiel
- Périmètre strict : bâtiment industriel, existant ou neuf, situé en France d’outre-mer. Un atelier de métropole, un bâtiment tertiaire ou un logement ne relèvent pas de cette fiche.
- Barème en deux lignes : 1 600 kWh cumac par m² d’isolant posé en bâtiment existant, 1 400 en bâtiment neuf, multipliés par la surface S d’isolant posé. Pas de zone climatique, pas de plafond, pas de surface minimale.
- Une seule exigence de performance : une résistance thermique R supérieure ou égale à 1,2 m².K/W, évaluée selon les normes NF EN 12664, 12667 ou 12939 pour les isolants classiques, NF EN ISO 22097 pour les isolants réfléchissants.
- Deux règles de procédure : pose par un professionnel, et sept jours francs au moins entre l’acceptation du devis et le début de la pose. La preuve de réalisation porte la surface et le R, ou à défaut la marque et la référence du produit complétées par un document du fabricant.
- Durée de vie conventionnelle de 30 ans. Version A64-3 pour les opérations engagées à compter du 1er janvier 2025, fiche abrogée à compter du 1er mai 2027.
Ce que couvre la fiche IND-EN-102, et ce que dit son code
La fiche IND-EN-102 s’intitule « Isolation de combles ou de toitures (France d’outre-mer) ». Son objet tient en une phrase : la mise en place d’une isolation thermique en plancher de combles, en rampant de toiture ou en toiture terrasse. Trois configurations, un seul barème. Le secteur d’application est le bâtiment industriel, existant ou neuf, situé en France d’outre-mer : un atelier en Martinique, une unité de conditionnement à La Réunion, une usine agroalimentaire en Guadeloupe ou une halle de production en Guyane. Le même atelier implanté en métropole n’y entre pas.
Le code se lit en trois blocs. IND désigne le secteur d’application, l’industrie, par opposition aux fiches BAT du tertiaire, BAR du résidentiel, AGRI de l’agriculture ou TRA du transport. EN renvoie à la famille de l’enveloppe : les opérations qui agissent sur les parois du bâtiment et non sur ses équipements. 102 est le numéro d’ordre dans cette famille.
La version en vigueur est la A64-3, applicable aux opérations engagées à compter du 1er janvier 2025. Elle porte une particularité rare : une date de fin inscrite dans son texte même, puisque la fiche est abrogée à compter du 1er mai 2027. Elle ne précise pas le sort d’une opération engagée avant cette date et posée après ; la lecture prudente est de retenir la date d’acceptation du devis, et de ne pas la laisser glisser au-delà du 30 avril 2027.
La durée de vie conventionnelle est de 30 ans, la période sur laquelle les économies sont comptées puis actualisées, d’où l’unité en kWh cumac, pour cumulés et actualisés. Un isolant sous toiture ne s’use pas et ne se règle pas : c’est cette longévité qui porte le forfait à 1 600 kWh cumac par mètre carré.
Pourquoi isoler la toiture économise de l’énergie sous les tropiques
En métropole, on isole une toiture pour retenir la chaleur. En outre-mer, c’est l’inverse : on isole pour l’empêcher d’entrer. Aux Antilles, en Guyane ou à La Réunion, le soleil frappe la toiture presque à la verticale une bonne partie de la journée, et une tôle ou une dalle de terrasse exposée monte très au-dessus de la température de l’air. Cette chaleur traverse la couverture par conduction, puis la face intérieure, devenue chaude, rayonne vers tout ce qui se trouve dessous : machines, stocks, sol, personnes.
L’isolant agit sur la conduction. La résistance thermique R, en m².K/W, mesure la difficulté qu’a la chaleur à traverser une paroi : plus R est grand, plus le flux est faible pour un même écart de température. Une tôle nue n’oppose presque aucune résistance ; une couche d’isolant de R égal à 1,2 m².K/W, le seuil de la fiche, fait passer la paroi de presque rien à une valeur qui compte. Le gain est d’autant plus net que l’écart entre la couverture surchauffée et le local est grand, ce qui est précisément la situation tropicale.
C’est aussi pour cela que la fiche fait une place aux isolants réfléchissants, renvoyés à leur propre norme de mesure, la NF EN ISO 22097. Sous une toiture tropicale, une part importante de la chaleur passe par rayonnement de la face intérieure chaude, et un produit à faible émissivité posé face à une lame d’air réduit cette composante. La fiche ne tranche pas entre familles de produits : une résistance mesurée selon la norme adaptée, et le même seuil pour tous.
Où se trouve l’économie ? Dans un bâtiment climatisé, chaque watt qui n’entre plus par la toiture est un watt que le groupe froid n’a pas à extraire, et la climatisation est souvent le premier poste électrique d’un site d’outre-mer. Dans un atelier non climatisé, le gain se lit sur la ventilation et les conditions de travail. La fiche distingue le neuf, 1 400 kWh cumac par m², de l’existant, 1 600 : un bâtiment qui se construit part d’une base déjà meilleure qu’une tôle nue posée il y a vingt ans, l’économie attribuée à l’isolant est donc un peu plus faible.
Qui peut en bénéficier
Le bénéficiaire est celui qui fait réaliser les travaux sur un bâtiment industriel d’outre-mer : exploitant propriétaire, foncière, ou locataire avec l’accord du propriétaire. La fiche ne distingue ni la taille de l’entreprise ni l’activité, et ne définit pas le bâtiment industriel ; la lecture prudente est celle de l’usage réel, production, transformation, stockage lié à la production. Les bureaux d’un industriel, s’ils forment un bâtiment distinct, relèvent du tertiaire.
La fiche s’applique au bâtiment existant comme au bâtiment neuf, sans définir la frontière. Un bâtiment en service, même récent, est existant ; un bâtiment en construction, dont la toiture est posée dans le cadre du chantier, est neuf. Pour une extension accolée à un atelier, la partie nouvelle relève du neuf et la partie ancienne de l’existant, et le dossier gagne à les séparer sur le devis et la facture.
La pose est réalisée par un professionnel. La fiche ne nomme aucune qualification ni label : elle demande qu’un professionnel pose l’isolant et établisse la preuve de réalisation avec les mentions exigées. Un industriel qui achète des rouleaux et les fait poser par sa propre équipe de maintenance prend donc un risque : la fiche ne définit pas le professionnel, et la lecture prudente est de confier la pose à une entreprise qui la facture.
Deux bornes de calendrier encadrent l’accès. Sept jours francs au moins séparent l’acceptation du devis du début de la pose. Et comme pour toute opération CEE, le mandataire ou l’obligé qui valorise les certificats doit être intervenu au plus tard le jour de l’engagement.
- Éligible : bâtiment industriel d’outre-mer, existant ou neuf, isolant posé par un professionnel en plancher de combles, en rampant ou en toiture terrasse, avec R ≥ 1,2 m².K/W.
- Exclu : bâtiment en métropole, bâtiment tertiaire ou résidentiel, isolant posé sans professionnel, devis accepté moins de sept jours francs avant la pose.
- Fin de la fiche : abrogation à compter du 1er mai 2027, à anticiper dans le calendrier des engagements.
Comment se calcule le montant
Le point 5 de la fiche tient en un tableau à deux lignes. Le montant est le produit d’un forfait au mètre carré, qui dépend uniquement du caractère existant ou neuf du bâtiment, par la surface S d’isolant posé, en m². Aucune zone climatique n’intervient, ce qui est logique pour une fiche réservée à l’outre-mer. Aucun coefficient ne tient compte du type d’isolant, du R au-delà du seuil, de la configuration (combles, rampant ou terrasse) ni de l’usage du bâtiment.
- S est la surface d’isolant posé, celle que la preuve de réalisation doit mentionner. Pour un plancher de combles ou une terrasse, c’est la surface couverte. Pour un rampant, c’est la surface développée du versant, plus grande que l’emprise au sol puisque la pente allonge la paroi.
- La fiche ne dit rien d’une pose en deux couches croisées. La lecture prudente est de compter une seule fois la surface isolée, avec le R total des deux couches, et non d’additionner les mètres carrés de chaque couche.
- Un R de 3 ou de 4 ne rapporte pas plus qu’un R de 1,2 : le seuil est une condition d’accès, pas un paramètre du calcul. Et il n’y a ni plafond ni surface minimale.
| Bâtiment | Montant par m² d’isolant posé | Calcul |
|---|---|---|
| Existant | 1 600 kWh cumac | 1 600 × S |
| Neuf | 1 400 kWh cumac | 1 400 × S |
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Les cas suivants posent la multiplication telle qu’elle apparaît dans un dossier. Les surfaces sont celles d’isolant posé, lues sur la facture.
Cas 1, atelier de mécanique existant en Martinique. Couverture en tôle, isolation posée en rampant, surface développée des deux versants : 850 m². Le calcul s’écrit 1 600 × 850 = 1 360 000 kWh cumac. L’emprise au sol est un peu plus faible ; c’est bien la surface du rampant isolé qui compte.
Cas 2, usine agroalimentaire existante à La Réunion. Toiture terrasse en béton, isolant posé sur 2 400 m² sous l’étanchéité refaite à cette occasion. Le calcul s’écrit 1 600 × 2 400 = 3 840 000 kWh cumac. L’étanchéité n’est pas valorisée, seul l’isolant l’est.
Cas 3, halle de production neuve en Guyane. Isolation posée en rampant sur 3 000 m² au fil du chantier. Le bâtiment étant neuf, le forfait passe à 1 400 : 1 400 × 3 000 = 4 200 000 kWh cumac. Le déclarer existant aurait gonflé le montant de 600 000 kWh cumac, un écart qu’un contrôle repère sur le permis de construire et la date d’achèvement.
Cas 4, site existant en Guadeloupe avec extension neuve. L’industriel isole le plancher de combles du bâtiment d’origine, 1 200 m², et le rampant de l’extension en construction, 600 m². Les deux parties se calculent séparément : 1 600 × 1 200 = 1 920 000 kWh cumac pour l’existant, puis 1 400 × 600 = 840 000 kWh cumac pour le neuf, soit 2 760 000 kWh cumac au total. Devis et facture doivent distinguer les deux surfaces.
Les conditions techniques
La fiche pose une seule exigence de performance : la résistance thermique R de l’isolation installée est supérieure ou égale à 1,2 m².K/W. Ce seuil est modeste au regard des pratiques des climats froids, et c’est voulu : en outre-mer, l’enjeu est de couper le pic solaire, et les premiers centimètres d’isolant font l’essentiel du travail. Un isolant courant de conductivité 0,04 W/(m.K) atteint ce R avec environ 5 cm, puisque 1,2 × 0,04 = 0,048 m.
La fiche impose que R soit évaluée selon la norme NF EN 12664, NF EN 12667 ou NF EN 12939 pour les isolants non réfléchissants, et selon la norme NF EN ISO 22097 pour les isolants réfléchissants. La valeur de R doit donc sortir d’un essai normalisé, pas d’un calcul maison ni d’une équivalence revendiquée par un vendeur.
La preuve de réalisation, facture ou procès-verbal de fin de travaux, mentionne quatre choses : la mise en place d’une isolation, la surface d’isolant installé, la résistance thermique de l’isolation installée, et les aménagements nécessaires à la pose, dont la fiche donne la liste : coffrage ou écran de protection autour des conduits de fumée et des dispositifs d’éclairage encastrés, rehausse rigide au-dessus de la trappe d’accès. Ces aménagements visent surtout les planchers de combles, où un isolant au contact d’un conduit chaud ou d’un spot encastré crée un risque d’incendie.
La fiche prévoit une voie de secours quand la facture ne porte pas la résistance thermique. La preuve de réalisation mentionne alors la marque et la référence du matériau et la surface installée, complétées par un document du fabricant, ou d’un organisme établi dans l’Espace économique européen et accrédité selon la norme NF EN ISO/IEC 17065 par le COFRAC ou un organisme signataire de l’accord multilatéral européen. Ce document dit que le produit est un isolant et donne sa résistance thermique, ou sa conductivité et son épaisseur, mesurées selon l’une des normes citées. S’il porte une date de validité, il reste utilisable jusqu’à un an après. Et pour une référence vendue en plusieurs épaisseurs, la preuve de réalisation qui ne mentionne pas R doit impérativement préciser l’épaisseur posée.
Reste le délai de sept jours francs entre l’acceptation du devis et le début de la pose. Francs signifie que ni le jour de l’acceptation ni le jour de début des travaux ne comptent : un devis accepté le 1er du mois autorise une pose à partir du 9. La fiche vise la pose de l’isolant, pas la livraison du matériau.
Les contrôles, et ce qui fait tomber un dossier
La fiche IND-EN-102 est courte et son contrôle l’est aussi. Trois questions suffisent : le bâtiment est-il un bâtiment industriel situé en France d’outre-mer ? Le R est-il au moins égal à 1,2 m².K/W et prouvé selon la bonne norme ? La preuve de réalisation porte-t-elle les mentions exigées, et les dates respectent-elles le délai de sept jours francs ? Le reste est une multiplication que le contrôleur refait en dix secondes.
- Bâtiment hors périmètre : site en métropole, bureaux, commerce, logement.
- R inférieur à 1,2 m².K/W, ou R non prouvé : valeur calculée à partir d’une conductivité générique sans document du fabricant, ou R « équivalent » annoncé pour un produit réfléchissant sans mesure selon la NF EN ISO 22097.
- Preuve de réalisation muette sur la surface ou sur le R, sans marque ni référence permettant de se rabattre sur le document du fabricant ; référence multi-épaisseurs sans épaisseur posée ; document du fabricant périmé depuis plus d’un an.
- Pose commencée moins de sept jours francs après l’acceptation du devis.
- Bâtiment neuf déclaré existant pour passer de 1 400 à 1 600 kWh cumac par m², ou extension neuve fondue dans la surface du bâtiment ancien.
- Surface surévaluée : toiture entière déclarée alors qu’une partie seulement est isolée, ou mètres carrés de deux couches additionnés.
- Engagement postérieur à l’abrogation de la fiche, le 1er mai 2027, ou mandataire intervenu après l’acceptation du devis.
Questions fréquentes
La fiche IND-EN-102 s’applique-t-elle à un bâtiment industriel en métropole ?
Non. Son secteur d’application est le bâtiment industriel existant ou neuf en France d’outre-mer, et son intitulé le répète entre parenthèses. Un atelier de métropole, même identique, ne peut pas être valorisé avec cette fiche, dont le texte ne prévoit aucune dérogation.
Quelle épaisseur d’isolant faut-il pour atteindre le R de 1,2 exigé par IND-EN-102 ?
Cela dépend de la conductivité du produit : la résistance thermique est l’épaisseur divisée par la conductivité, et un isolant courant à 0,04 W/(m.K) y arrive avec environ 5 cm. Ce qui compte pour le dossier n’est pas l’épaisseur mais le R mesuré selon l’une des normes citées par la fiche, porté sur la facture ou sur le document du fabricant.
Un isolant mince réfléchissant est-il accepté dans le cadre de la fiche IND-EN-102 ?
Oui, à une condition précise : un R au moins égal à 1,2 m².K/W, évalué selon la norme NF EN ISO 22097, celle que la fiche désigne pour les isolants réfléchissants. La fiche ne reconnaît pas de résistance « équivalente » déclarée sur un autre fondement : il faut le document qui donne le R mesuré selon cette norme.
Jusqu’à quand peut-on engager une opération IND-EN-102 ?
La fiche est abrogée à compter du 1er mai 2027 et ne détaille pas le sort des opérations engagées avant et réalisées après. La lecture prudente est de faire accepter le devis au plus tard le 30 avril 2027, sans compter sur une tolérance que le texte ne prévoit pas. Pour une grande toiture, cela veut dire décider dès maintenant plutôt qu’au printemps 2027.
L’entreprise qui pose l’isolant doit-elle avoir une qualification particulière ?
La fiche demande que la mise en place soit réalisée par un professionnel, sans nommer de qualification, de label ni de certification. Elle exige en revanche une preuve de réalisation complète, avec la surface posée, le R et les aménagements nécessaires, ou à défaut la marque et la référence du produit. C’est donc une entreprise du bâtiment qui facture fourniture et pose avec ces mentions. Les exigences qui pourraient s’ajouter viendraient du reste de la réglementation CEE, pas de la fiche.
Page rédigée par Core Energy à partir de la fiche d'opération standardisée publiée par arrêté et de nos propres guides de dépôt. Les barèmes changent par arrêté : ils sont revérifiés à chaque modification. Contenu vérifié le 2 octobre 2026.